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Vendredi 25 Juillet 2008
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Quand Wade se crée une opposition "internationale".



Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire des relations internationales il sera difficile de trouver un exemple de président de la République s’attaquant à son propre compatriote qui dirige une institution internationale de surcroit. Surtout de manière aussi surprenante, presque incongrue comme le fait le chef de l’Etat sénégalais à l’encontre de notre concitoyen Jacques Diouf, directeur général de la FAO. L’exception sénégalaise, tant criée sur tous les tons et sur les tous les toits, est, malheureusement cette fois-ci, à l’encontre des normes, usages et coutumes diplomatiques.



Mais Abdoulaye Wade, c’est connu, est un homme porté sur l’offensive. Jamais sur la défensive. Toujours sur le front de l’attaque. Un Ronaldo de la politique quoi ! Fonçant, bille en tête, sur l’adversaire. Ne vient-il pas de lancer la Grande offensive agricole ? La Goana - par parenthèse, Goan aura suffit : devant l’urgence, l’Abondance peut attendre un peu - a désormais son pendant politique : la GOP (traduisez Grande Offensive Politique). Et l’adoption vendredi dernier par le Conseil des ministres du projet de loi portant modification de la Constitution en son article 27 alinéa 1 relatif à la durée du mandat présidentiel, qui revient à 7 ans, est une parfaite illustration de cette GOP. Un qui a vu juste qualifie Wade d’adepte du « combat au bord du précipice », toujours sous l’abime, au demeurant.. Ça, il adore. C’est sa vie. Toute sa vie. C’est pourquoi, en s’attaquant à Jacques Diouf, devenu sa nouvelle tête de Turc, Wade ne déroge nullement pas à la règle, disons à sa règle, celle de l’attaque. Encore et toujours.

Cependant, cette fois, il est tombé sur un os, un « attaquant » comme lui. Et pas des moindres. Un roc. Un rocher. Un dur à cuir. Un des amis du directeur général de la FAO, ayant fait avec lui les études secondaires au lycée Faidherbe de Saint-Louis, nous fait cette confidence : « Toujours souriant, Jacques Diouf donne l’impression de quelqu’un de faible, mais derrière ce sourire se cache un homme de caractère. » Comme qui dirait : méfiez vous de l’eau qui dort ! ou de la braise sous la cendre ! Apparemment, « l’eau »-ou la braise- (Jacques Diouf) s’est réveillée. Son ancien camarade de classe le peint sous les traits de « quelqu’un de déterminé, qui veut réussir et qui est de la race des hommes qui marquent leur génération et leurs collaborateurs ».

Des collaborateurs, nous confie cet ami de Jacques Diouf, qui préparent la riposte pour le soutenir, car convaincus qu’ils sont qu’on devait « rendre justice à son action plutôt que de lui faire porter le chapeau ». Il est vrai que le Président Abdoulaye Wade a tempéré son propos au fil de ses sorties sur la crise alimentaire mondiale. « Ce n’est pas Jacques Diouf que je vise, mais plutôt l’organisme qu’il dirige ». Seulement, le mal semble déjà fait. Pas naifs pour un sou, les proches du patron de l’organisme des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture croient difficilement que les critiques faites à la FAO peuvent épargner son directeur général tellement l’une a fini par se confondre -et à être confondue- avec l’autre. Comme pour dire que la FAO et son patron indéboulonnable depuis 1993 ne font plus qu’un.

Le cas Jacques Diouf
Peut-on soupçonner le Sénégalais le plus célèbre de Rome (la FAO a son siège dans la capitale italienne) de nourrir des ambitions politiques ? Son ami répond à la question par une autre question. « Pourquoi pas lui ? Pourquoi pas quelqu’un d’autre ? », se demande-t-il, non sans ajouter : « Personne ne peut lui faire le reproche d’avoir une ambition politique. » Notre interlocuteur laisse libre court à sa conviction : « Quand on a 15 ans d’expérience au sein d’une institution comme la FAO, c’est tout a fait légitime qu’on veuille la mettre au service de son pays. » Quand ? Comment ? A quel niveau ? Questions sans réponse pour le moment.

En tout état de cause, la dernière réplique de Diouf à Wade (ça ne vous rappelle pas déjà un célèbre et long feuilleton politique sénégalais ?) sonne comme un positionnement politique. Sinon, comment faudrait-il comprendre les flèches décochées par le directeur général de la FAO à l’encontre des choix économiques du président Abdoulaye Wade ? En indexant particulièrement, dans sa dernière sortie sur RFI, les chantiers de l’Anoci comme exemple-type de dépenses faramineuses au détriment du développement de l’agriculture sénégalaise. Jacques Diouf donne l’impression d’avoir bien identifié sa cible. Chercherait-on à se tailler les habits d’un potentiel candidat à l’après-Wade qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Jacques Diouf, un en-cas politique ? Un Recours ou en réserve de la République ? Des observateurs, sans doute très au fait des prévisions de la météo politique sénégalaise, ont déjà répondu à la question de savoir : pourquoi Jacques Diouf ? « Parce qu’il (le président Wade) voit en lui un potentiel successeur », écrit notre confrère Abdoulaye Bamba Diallo, éditorialiste de l’hebdomadaire Nouvel Horizon.

A dessein ou malgré lui, le chef de l’Etat est en train de se créer un opposant. Et quel opposant ! L’ancien secrétaire d’Etat chargé de la Recherche scientifique et technique dans le dernier gouvernement du président Léopold Sédar Senghor, puis dans le tout premier du président Abdou Diouf, succédant fraichement à Senghor, rejoint ainsi l’opposition « internationale ». Nous donnons cette appellation à toute cette légion de fortes personnalités sénégalaises servant ou ayant servi dans les instances internationales et qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne sont pas tendres avec le président Wade, notamment avec sa méthode de gouvernement.

Dans le lot de ceux qui n’acceptent pas ce qui se trame il faut certainement ranger Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d’athlétisme amateur. En effet, le patron de l’IAAF prévenait sur les ondes de RFM que le « Sénégal n’est pas le Togo », faisant allusion à l’intention, fondée ou non, prêtée au président de la République de vouloir se faire succéder par son fils Karim.

Le camp du refus, dans une moindre mesure certes, compte aussi dans ses rangs quelqu’un comme Amadou Mahtar Mbow. Récemment, l’ancien directeur général de l’Unesco a également fait part de ses craintes de voir la situation exploser. Inutile de dire que le discours de celui qui est désigné pour modérer les assises nationales inspirées par le front Siggil Sénégal n’a pas eu l’heur de plaire aux tenants actuels du pouvoir. « Nous passons notre temps, dit Mbow, à croire qu’en énonçant des généralités, des banalités, ou en énonçant des intentions, nous avons résolu les problèmes. » Un réquisitoire implacable qui en dit long sur tout le bien qu’il pense de la gestion actuelle du pays !

Diouf, Diack, Mbow, les trois mousquetaires semblent paraphraser le philosophe latin Térence en disant chacun pour sa part : « je suis un sénégalais et rien de ce qui est sénégalais ne m’est étranger. » Loin du pays de par les fonctions qu’ils exercent ou qu’ils ont eu à exercer à l’étranger, mais en même temps près du pays de par le cœur. Et cela donne un trio, voulu ou subi, d’opposition « internationale » au régime de Wade. Lequel, dans sa croisade contre ses opposants « internationaux », n’a pas manqué de titiller son prédécesseur lors de la dernière Convention nationale du PDS. Raillant ses opposants internes (Niasse, Tanor et Dansokho), le chef de file des libéraux n’a pas hésité à qualifier Abdou Diouf, cette autre forte personnalité de la légion sénégalaise à l’étranger, de « simple préfet et technocrate ». En égratignant l’ancien président Diouf, Wade a rompu au passage le gentleman agreement tacitement conclu entre les deux hommes depuis leur dernier ( ?) duel livré en 2000. Que voulez-vous ? Il fallait bien un jour que le Secrétaire général de la Francophonie en prit aussi pour son grade.

Demain, la jonction ?
Notre sentiment est que le chef de l’Etat est en train de commettre l’imprudence et l’erreur de se créer partout des adversaires. Si, par le passé la tactique de la multiplication des foyers de tension - question de faire diversion - lui a porté chance, il n’est pas dit qu’il en sera toujours ainsi. Il risque de ne pas en sortir indemne cette fois-ci, car il doit savoir que ces gros os ne manquent pas de bien solides attaches internationales -ce qui n’est pas rien- encore moins d’influence nationale même si on sait que parmi eux il y en a qui ne sont pas forcément intéressés par la station présidentielle pour les uns et d’autres qui trainent quelques handicaps.

Abdou Diouf l’a déjà dit et répété plus d’une fois, n’est candidat à rien, même pas à un poste de chef de village.

Amadou Mahtar Mbow, même s’il ne l’a jamais dit, peut être rangé dans la catégorie des non partants. Ce n’est pas à 87 ans, il est né le 20 mars 1921, qu’il va briguer les suffrages des Sénégalais pour la magistrature suprême. En acceptant d’être le modérateur des assises nationales que veut l’opposition radicale, il est dans son rôle de Sage. C’est largement suffisant pour ce chantre du Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (Nomic).

Restent Lamine Diack et Jacques Diouf. Le premier, ancien champion d’athlétisme spécialisé en saut en longueur, n’a plus ses jambes de 20 ans. Il va boucler ses 75 ans le 7 juin prochain. C’est vrai qu’on dira que c’est à peu près à cet âge que Me Wade est arrivé au pouvoir, mais on pourra rétorquer aussi que c’est au même stade de sa vie (74 ans) que Senghor a quitté la présidence de la République.

Quant à Jacques Diouf, c’est le plus jeune des vieux ou le moins vieux d’entre eux. Mais, pour être né le 1er août 1938, il aura tout de même 70 ans ! Dans quelques mois. Il est donc, du point de vue du critère âge, mieux placé que les autres pour se poser en challenger de Wade. Le natif de Saint-Louis qu’il est a un avantage concurrentiel indéniable, pour emprunter au langage managérial, même s’il traine lui aussi quelques handicaps. D’abord, il y a bien longtemps qu’il a quitté le gouvernement sénégalais (avril 1983). Ensuite, il se dit qu’il n’a pas gardé que des amis au sein de la communauté scientifique sénégalaise. Sa politique de décentralisation de la recherche scientifique, quand il occupait les fonctions de secrétaire d’Etat à la Recherche scientifique et technique, avait été décriée par plusieurs de ses pairs de l’époque. En plus, Jacques Diouf se présente pour beaucoup qui l’ont côtoyé comme quelqu’un de peu sociable, or s’il y a un domaine dans lequel le critère de sociabilité compte c’est bien dans celui de la politique.

Par son style de management de l’Etat le Président Abdoulaye Wade a radicalisé son opposition interne la plus représentative, et par cette même approche managériale il est en train de se fabriquer une opposition « internationale ». Gare pour lui à une jonction entre les deux oppositions ! A moins que, rusé comme un « ndiombor », pour ne pas dire un Sioux, le Pape du Sopi n’ait, dans le cadre de sa Grande Offensive Politique, pour stratégie de sortir tout le monde de son trou. Pour mieux l’avoir à l’œil. Il ferait alors sienne la célèbre maxime : préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m’en occupe ! Mais attention au retour de bâton, à l’effet boomerang !

Mamoudou Ibra Kane







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African Global News
le 15/05/2008 à 15h13




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