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Vendredi 09 Janvier 2009
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Monsieur le Président, préservez votre fils de ces gens-là !



J’ai longuement hésité avant de prendre sur moi la responsabilité de m’adresser une fois de plus à votre honorable personne. Car, j’étais pris par une certaine gêne d’aborder des questions politiques internes, touchant surtout la vie de notre parti, le Parti démocratique sénégalais (Pds), au moment où le Sénégal traverse une situation extrêmement grave à tous les niveaux : front politique et social tendu : les échauffourées du dimanche, au siège du Pit au quartier Khar Yalla, consécutives à la marche de protestation sur la cherté de la vie et la sommation faite par la police à Walf Tv d’interrompre la couverture en direct de ces affrontements, le conflit foncier qui oppose l’Etat à la paisible communauté chrétienne dont vous avez toujours été l’ardent défenseur, menacée d’expropriation d’une partie du cimetière Saint Lazare, par la faute de vos conseillers, la guéguerre au sein du parti , la léthargie des instances, les tensions syndicales, la grève des élèves, des étudiants, des enseignants, le monde rural, l’augmentation galopante des denrées de première nécessité. Plus grave, pendant des jours, l’essence super était devenue introuvable dans toutes les stations service du pays. Une première dans l’histoire du Sénégal !
Il s’y ajoute que cette présente est la suite d’une multitude de contributions et d’interviews parues dans la presse, entre autres (‘Monsieur le Président, il urge de nettoyer les écuries d’Augias’, ‘Bon vent ! Monsieur le Président, mais méfiez-vous surtout du ressac !’), et à travers les ondes des radios et télévisions. Mais il se trouve que je suis militant d’un parti au pouvoir, et dont le secrétaire général est le président de la République, pour la deuxième fois consécutive, suite à une éclatante et incontestable victoire électorale, malgré les pronostics les plus pessimistes à l’époque. Par égard et respect pour les Sénégalais qui vous ont renouvelé leur confiance, et convaincu que l’on ne vous dit pas souvent la vérité, je voudrais à nouveau vous exprimer mes sentiments sur un sujet d’actualité : la descente de votre fils dans l’arène politique.

Si je me suis permis de faire une rétrospective de mes précédentes contributions, c’est que tous ces problèmes sont des épiphénomènes, dont la cause est exclusivement d’ordre comportemental. Et ils nous renvoient au sempiternel problème : la question liée au choix des hommes dans les sphères institutionnelles, politiques, étatiques, votre entourage, en particulier celui de votre fils.

Monsieur le Président, au soir du 19 mars 2000, un vent nouveau avait soufflé. Il devait balayer sur son chemin des types de pratiques et de comportements, qui devaient à jamais disparaitre de la mémoire des Sénégalais. Votre charge était d’autant plus lourde que vous étiez le dépositaire de l’espoir de millions de Sénégalais, que le défunt régime socialiste avait complètement annihilé. Comme j’ai eu à le soutenir dans une de mes contributions, à côté des grands chantiers infrastructurels, d’autres vous attendaient : les Chantiers des cœurs et des esprits (journal Le Soleil du samedi 2 et lundi 4 décembre 2006). Mais depuis 2001, comme beaucoup de citoyens acquis à la cause du ‘Sopi’, on voyait déjà, des signes avant coureurs. Certains types de comportements et d’actes : effronterie, arrogance, snobisme, étalage extravagant et éhonté de richesses, luxe subitement acquis de la part de bon nombre de nos responsables, avaient fini de susciter le dépit, chez bon nombre de Sénégalais, et de nous valoir un célèbre sobriquet, un tantinet railleur et ironique. Dans une longue interview parue en 2004 déjà dans le journal Le Messager, je dénonçais ces dérives et déviations de notre ligne ‘Sopi’, en déclarant que ’je ne reconnaissais plus le Pds’.

La première fausse note de l’Alternance a été la transhumance. L’histoire retiendra qu’elle aura été la plus grande tragédie de l’Humanité, sous l’angle de l’avilissement de l’être humain, qui s’était ravalé au rang d’animal en quête de pâturage. L’Alternance aura ainsi ’réussi’ la prouesse alchimique de transformer des loups en agneaux, le bronze en or.

Monsieur le Président, les Sénégalais, à travers la chute du régime socialiste, avaient voulu par la même occasion sanctionner certains responsables dans leurs localités, en tant que symboles, et surtout causes de leurs malheurs et souffrances pendant des décennies. Pourriez-vous compter sur la loyauté et la fidélité de ces gens-là, si vous étiez mis en ballottage, lors des élections présidentielles de février 2007 ? C’est ces hommes et femmes que le régime de l’Alternance avait récupérés ou recyclés, soi-disant pour massifier le parti. Le président Abdou Diouf n’en avait jamais fait des ministres malgré leur zèle, à juste raison et pour cause. On a préféré ces gens à l’équipe de nos anciens alliés et acteurs de l’Alternance : Amath Dansokho, Abdoulaye Bathyly, Madior Diouf, Docteur Dialo Blondin Diop, Moustapha Niasse, parce qu’ils ne faisaient guère l’affaire de certains.

Malheureusement, cette honteuse transhumance a eu un bon répondant chez bon nombre de responsables du parti, qui ont même été leurs complices. Comme on le dit si bien, le microbe n’évolue que dans le milieu qui lui est favorable. Les valeurs qui faisaient la fierté du parti, à savoir honneur, dignité, fraternité ont été troquées contre des anti-valeurs qui ont pour noms ‘larbinerie’, opportunisme, discours thuriféraires, dithyrambes, mensonges, délations, devenus la seule voie de promotion dans les instances du parti et dans les sphères institutionnelles et étatiques (sections, fédérations, maires, sénateurs, députés, ministres, directeurs généraux, Pca). Ces procédés sont tellement connus, qu’ils sont devenus même le mode opératoire de bon nombre de politiciens malhonnêtes. Cette épidémie s’est même propagée dans les instances de nos jeunes libéraux, l’avenir du parti. Le mérite, la compétence comme critères de promotion, ont été souvent écartés au profit de l’opportunisme, l’activisme débordant de vulgarité, d’insolence et de nullité. Les piètres prestations de certains lors des débats qui les opposent à leurs jeunes adversaires politiques, illustrent aisément que la qualité n’est plus un critère dans le choix des jeunes leaders. C’est au vu de tous ces travers, que j’avais créé, après avoir saisi officiellement les instances du parti, un courant dénommé : ‘Pour la sauvegarde des valeurs authentiques du Sopi’.

Le cas de certains de nos alliés est plus édifiant. Certains responsables de ces partis, qui n’existent que dans les communiqués, tantôt diffusés çà et là à travers les ondes des radios, ne vous sont d’aucune utilité, sinon raviver la tension entre vous et l’opposition, les syndicats, s’ils ne la créent. Khoureyssi Thiam n’est pas en reste, et constitue un véritable danger, pour vous et le pays, de par la gravité des accusations portées sur la personne de M. Tanor Dieng et votre collègue, le président Laurent Gbagbo.

C’est dans le même registre qu’une organisation sortie d’on ne sait où, un pseudo groupe d’amis à votre fils, à ce qu’il parait, se réclamant de la ‘Génération du concret’ tente d’occuper le devant de la scène politique à grands coups de tapages médiatiques et de slogans creux et vides du genre : ‘En route vers les sommets’. Ce qui gêne, c’est moins le fait d’avoir fait de votre fils leur parrain et président, que le prétexte qu’ils veulent faire de l’Anoci, une agence nationale dont il est aussi le président. Au début de leur campagne, je me suis interrogé en toute bonne foi, comme tout bon Sénégalais, quant aux réelles motivations de ces gens. Etait-ce l’action noble de patriotes qui saluaient, à sa juste valeur, la réussite des missions que vous aviez confiées à votre fils, dans le cadre de la réalisation des chantiers de l’Anoci, la recherche et la mobilisation des financements pour la construction du futur aéroport de Diass ? Ou au contraire, servait-elle de bouclier ou de matelas d’atterrissage à de sinistres personnages, opportunistes en tous genres, voltigeurs et funambules politiques en mal de popularité, et qui n’ont pour foi et loi que leurs seuls privilèges et intérêts ? J’avais réservé mes conclusions, en laissant le temps au temps, qui mûrit les fruits, mais qui les fait pourrir également.

Mais si on s’en tient aux récentes déclarations de certains de leurs fondateurs et leaders, je veux citer Abdoulaye Baldé, secrétaire exécutif de l’Anoci, militant du Pds depuis juin 2005 seulement, celle d’une ministre lors d’une manifestations à Guédiawaye, celles de la maire de Rufisque-Est, celles de Cheikh Diallo, non moins gourou et théoricien soi-disant de ce mouvement, qui, depuis les Etats-Unis, déclarait que vous (le président Abdoulaye Wade) êtes le premier acteur de la ‘Génération du concret’, et enfin celles d’un responsable du parti et de l’Etat, aux allures d’une véritable Opa du parti par la ‘Génération du concret’, force est de retenir ma deuxième interrogation.

En jetant un bref regard sur le parcours de ces personnes qui se réclament être les leaders de cette organisation, je veux citer Abdoulaye Baldé, Baba Wane, Hassan Bâ, Cheikh Diallo, pour ne citer que ceux-là, vous constaterez qu’on ne leur connait aucun fait d’armes avant mars 2000. Rien dans leur cursus scolaire, professionnel, politique ne saurait leur donner la posture de leaders. Avec tout ce que le Sénégal a capitalisé en ressources humaines depuis des lustres, en génies et compétences dans tous les domaines : scientifique, littéraire, culturel, sportif, artistique, nos jeunes compatriotes émigrés qui construisent par leurs propres moyens des écoles, des dispensaires et des routes dans leurs localités, que quatre illuminés se réveillent un bon matin, pour se réclamer l’incarnation, le symbole, et le porte-étendard du concret aura été la plus grande imposture de l’Histoire, et le plus grand affront fait aux Sénégalais ! Aucun membre de ce groupe n’a eu à militer au niveau des structures des jeunes du parti (mouvements scolaires ou estudiantins), ou à s’impliquer dans des combats patriotiques, politiques. Et pourtant, ils étaient nombreux, à l’époque, ceux de leur âge qui, au prix de leur carrière scolaire, de leur vie même, affrontaient les forces de l’ordre, essuyaient les grenades lacrymogènes, pour vous protéger contre l’oppression et l’injustice dont vous étiez victime à l’époque. Au contraire, ils nient même avec mépris leur appartenance au Pds, dans les salons et palaces huppés de Dakar.

Pendant que des patriotes étaient à vos côtés, pour mener le combat qui devait vous mener au pouvoir, Hassan Bâ, un obscur militant du Parti socialiste à l’époque, diffusait et traduisait en ’hal pulaar’ à l’intention de ses frères socialistes du Fouta la ‘parole sainte’ de son idole d’alors, l’ancien président Abdou Diouf. D’ailleurs, c’est en récompense de ses loyales servilités, que l’ancien président lui avait trouvé une planque au siège de la Croix-rouge à Dakar, puis en Suisse. La communauté sénégalaise de Suisse, abasourdie, continue de se demander toujours comment et par quel subterfuge, l’ancien badaud de Davos et resquilleur en chef des conférences et sommets internationaux, a-t-il pu devenir le patron de vos services de communication et votre guide attitré au Forum économique mondial ? M. Baba Wane, l’homme au mystérieux cursus académique, avait lui aussi la ’baraka divine’ d’avoir toujours été le ‘cousin Pons’, pardon l’ami de tous les fils d’anciens présidents du Sénégal. A l’époque où certains de vos actuels collaborateurs étaient avec le pouvoir socialiste et réprimaient avec une fureur sanguinaire nos manifestations, d’autres, des commissaires de police, des officiers de la gendarmerie, de l’armée, des magistrats, des avocats comme votre dévoué collaborateur, Me Makhfouss Thioye, des huissiers comme Me Malick Ndiaye, votre voisin de palier, à votre cabinet sis rue de Thiong, aujourd’hui oubliés hélas, malgré leurs obligations de réserve, prenaient des risques incommensurables, au nom des valeurs et des causes justes que vous défendiez.

Monsieur le Secrétaire général, comme beaucoup de militants, je suis étonné d’apprendre, à travers la presse, que vous aviez déploré l’inertie, la léthargie du parti, lors du dernier Comité directeur. Je suis au regret de vous dire qu’aujourd’hui, aussi bien au niveau des instances du parti, que dans les sphères de décision de l’Etat, c’est la ‘Génération du concret’, du moins ceux qui s’en réclament, qui dicte sa loi. Ces gens se prévalant de leur proximité avec votre fils, ont instauré la terreur et provoqué la frousse à tous les niveaux de responsabilité et de décision : instances du parti, l’administration, le gouvernement.

La reptation et l’aplatissement à l’endroit de ces nouveaux seigneurs, ont été érigés en règles de bonne conduite aujourd’hui, chez bon nombre de vos ministres, directeurs généraux, maires, députés, sénateurs qui voudraient conserver leur strapontin. Ces derniers redoutent aujourd’hui plus le courroux d’Abdoulaye Baldé, de l’intrigant Hassan Bâ que votre autorité. Comble de cynisme, plutôt de méconnaissance des réalités socio-politiques sénégalaises, ils veulent faire de ces zones à forte demande sociale, du fait de la paupérisation et du fort taux de chômage (Guédiawaye, Pikine, l’intérieur du pays) leur fonds de commerce politique. Savent-ils, Monsieur le Président, que du temps où le parti socialiste au pouvoir depuis quarante ans, était au faite de sa puissance, avec tous ses moyens (argent, police, armées, administration), le Pds, alors dans l’opposition, y enregistrait les plus grands scores lors des élections ? Et dire que ces As de la pêche en eaux troubles ont la prétention d’accueillir dans leur nasse la masse des militants aujourd’hui frustrés. Quel toupet !

Monsieur le Président, ces gens ne croient ni en vous, ni en votre fils. Ils veulent vous entrainer, vous et votre fils, dans une aventure sans lendemain, où vous aurez tout à perdre : le succès, la gloire et l’honneur. Vous êtes entré dans l’histoire par la grande porte. Vous n’avez pas le droit d’en sortir par la petite, pour reprendre votre vieux compagnon Ndiogou Wack Seck. A l’image de Nelson Mandela et d’autres héros africains, aujourd’hui dans le Panthéon de l’Histoire, vous aviez mené 26 ans de combat, connu toutes sortes de brimades, oppressions, emprisonnements fréquents pour un Sénégal démocratique, de liberté, de dignité et de bien-être.

Le problème ne se pose pas en ces termes : ‘Pourquoi votre fils ? Pourquoi pas votre fils’, ou ‘aux Etats-Unis, au Zaire et au Togo, des fils de président ont succédé à leur père’. Il se pose plutôt en d’autres termes.

D’abord à défaut de surpasser vos prédécesseurs, feu Léopold Sédar Senghor et le président Abdou Diouf, votre bilan ne devrait pas être moindre. Ensuite, de par votre parcours historique, ce n’est pas sous votre magistère que devrait être inaugurée l’ère des présidents remplaçants de leur père, peu importe par la voie démocratique, constitutionnelle, dans ou en dehors du Pds ! J’ai même la forte conviction qu’au moment de votre accession au pouvoir, si la Constitution du Sénégal de l’époque disposait : ’Qu’en cas de démission ou d’empêchement, le président de la République est suppléé par son fils’, vous auriez immédiatement demandé, au nom de la décence républicaine, l’abrogation de cette disposition.

Monsieur le Président, pour la première fois dans le corpus d’une Constitution, vous aviez consacré la bonne gouvernance et la règle de la parité Homme/Femme. De tout ce qui précède, et pour chasser à jamais hors de notre cher Sénégal les démons et le spectre des pouvoirs dynastiques avec tout ce que cela comporte comme risques, les Sénégalais attendent de vous, de faire taire pour de bon, cette sordide rumeur qui ne profite qu’à certains oiseaux picoreurs, qui s’envolent au gré des saisons politiques.

Monsieur le Président, vous vous êtes demandé avec quelle opposition vous devriez dialoguer ? Votre statut de chef d’Etat, président de tous les Sénégalais, votre générosité de cœur et d’esprit, vous imposent de toujours renouer le dialogue avec toute la classe politique sans exclusion, les syndicats, les enseignants, la presse, et la société civile. La paix n’a pas de prix.

Que le Bon Dieu vous protège, vous et votre famille. Très affectueusement, Cher Secrétaire général national et Président de la République.

Maitre Djibril WAR Responsable politique Pds Commune de Biscuiterie Courant pour la Sauvegarde des valeurs authentiques du Sopi wardjibril @yahoo.fr




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Walfadjri
le 12/04/2008 à 20h25




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