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Vendredi 09 Janvier 2009
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ABDOULAYE SECK, LEAD VOCAL DU CEDDO « Khamdel est parti, mais le Ceddo est à moi »



Dix ans, c'est le temps qu'il a fallu à Ceddo, le groupe des Hlm, au terme d'un itinéraire fait de galères et de difficultés, pour offrir au public sénégalais sa première oeuvre musicale. Aujourd'hui, on peut dire qu'avec le départ de Khamdel Lô et son Super Ceddo, cette décennie de collaboration est réduite à zéro. Trouvé en pleine répétition dans une petite salle à l'arrière d'un magasin de jouets à hauteur de la station d'essence de Castors, Abdoulaye Seck a accepté pour la première fois, depuis la douloureuse séparation, de se confier à nous. Ce groupe qui se réclamait de valeurs comme le courage, le sens de l'honneur, la paix, l'amitié, la fierté patriotique, s'est perdu à mis chemin ? Non, affirme Abdoulaye Seck, qui dans cet entretien, revient sur la séparation, mais précise que Khamdel est certes parti, mais le Ceddo est à lui...


Walf Grand-Place : On VOUS a trouvé en pleine répéti­tion, donc vous préparez quelque chose pour les fans du Ceddo ?

Abdoulaye Seck : vous savez en musique, il faut toujours répéter pour avoir de nouvelles inspira­tions. Car, c'est souvent au cours des répétitions qu'on a de nouvelles idées qui peuvent venir aussi bien de moi, que des autres membres du groupe. Nous sommes une entité où chacun peut avoir une vision dif­férente de celle des autres, même si on n'a pas de spectacle, ou de soi­rée, nous sommes obligés de répé­ter comme tout professionnel. On prépare aussi une soirée pour dimanche soir au Pen Art (l'entre­tien a été réalisé jeudi dernier dans la soirée). Nous avons aussi un pro­jet dans l'immédiat qui est de met­tre sur le marché un disque interna­tional, mais aussi de continuer à jouer comme on a l'habitude de le faire.

Le disque sera produit par ce même groupe ? (ils ne sont que cinq en répétition)

Oui bien sûr, parce que depuis que le Ceddo existe, les albums ne sont pas sur le marché internatio­nal. On veut le mettre dans la disco­graphie mondiale, car c'est impor­tant. C'est comme un passeport qu'on présente partout où l'on va. Cet album international va aussi nous ouvrir des portes, car la musi­que est un moyen de communica­tion qui va partout. Elle a une forme d'audibilité unique. Aujourd'hui, le nom Ceddo est arrivé à un stade où, je peux le dire, même le groupe n'est pas ce niveau. Et pour éclore, il faut être dans un circuit, d'où la nécessité d'un Cd international.

Depuis le début, vous ne ces­sez de parler du groupe Ceddo, d'où vient ce nom ?

Nous sommes une bande de copains habitant le même quartier. D'autres partageaient la même école, la même Classe et certains ont même appris la musique ensemble. Et c'est ainsi que l'idée de former un groupe nous est venue. Dans un premier temps, ce n'était pas un groupe professionnel, parce qu'on cumulait la musique et les études, mais finalement, la musique a pris le dessus. On a com­mencé à jouer dans les cabarets, les hôtels... Des sorties qui nous ont permis d'amasser un peu d'argent jusqu'à asseoir notre patrimoine matériel. C'est en 1995 qu'on a mis sur le marché notre premier album Sangoul et c'est comme ça qu'on s'est débrouillé jusqu'aujourd'hui.

Et d'où vient l'appellation Ceddo ?

Nous sommes les défenseurs de la culture. On dit toujours que la cul­ture, c'est la mémoire d'un peuple, et chaque peuple qui perd sa mémoire, perd ses capacités pour faire face à son avenir. Actuellement, nous vivons sous une influence étrangère, et c'est ce combat que nous avons mené pour revenir sur notre culture. Mais aussi s'ouvrir parce que comme on dit, à chaque génération son époque. Nous sommes des jeu­nes modernes, mais nous devons savoir d'où nous venons, et c'est ça notre force. Quand on a choisi le nom, ça a fait tilt. Mais c'est bizarre que de jeunes modernes et intellos choisissent un tel nom. Toutefois, on avait compris qu'il fallait un nom pour le marketing d'abord et avec une certaine signification.

Quel bilan tirez-vous du groupe de ses débuts (vers les années 90) à ce jour ?

On a eu à surmonter des diffi­cultés et cela continue. Mais cela fait partie de la vie, particulière­ment dans ce monde moderne où nous vivons. Comme je l'ai toujours dit, il faut avoir la tête sur les épau­les, avoir un mental, lucide. La vie est un éternel combat, et les difficultés sont récompensées le jour ou, on atteindra notre objectif, c'est là que réside tout le sens du jour de la satisfaction.­ Et il faut qu'on sache qu'il n'y a pas de secret dans la vie, il faut travailler pour réussir.

Le Ceddo est une bande de copains, mais est-ce que le groupe se résume à ces cinq personnes ?

Il manque un guitariste Assane Seck. Comme nous sommes des professionnels, on l'a appelé pour aller jouer quelque part. On est que cinq musiciens, dont moi le chan­teur, ensuite vient le staff.

Mais on connaissait le Ceddo avec deux chanteurs ?

Oui (il se répète). Il y a eu une discorde, même si c'est trop dire, car moi je pense que quand une telle chose arrive, il est nécessaire de préserver les valeurs antérieures. On a cheminé pendant des années tout en réalisant de très bonnes choses, et les gens en sont témoins. Et quand il y a eu cette dislocation, ça a été un regret chez pas mal de gens, mais il (Khamdel) reste un frère malgré tout. Quand après tou­tes ses années, il pense qu'il peut faire une carrière solo, je pense que je ne peux que m'en réjouir, c'est une fierté. Je dis fierté, car le Ceddo a toujours été un milieu de passion, de bonheur, mais aussi une école qui a eu à former beaucoup de gens. En Europe, on y rencontre des musiciens qui sont passés par là et aujourd'hui, jouent avec de grands artistes comme Tiken Jah. C'est le souhait de tout un chacun, partici­per à l'éclosion, au développement de son pays, il n'y a pas une chose plus noble que ça. Le Ceddo a tou­jours été une école de partage.

Qu'est-ce qui est à l'origine du départ de Khamdel ? Vous vous êtes disputés ?

Non, il n'y a pas eu de problè­mes entre nous. Ça été son choix et on se doit de le respecter. On est resté des frères, « amoul ben pro­blème.» Toute appréciation est rela­tive, chacun a son état d'esprit, une vision, un choix personnel différent de celui de l'autre. Ce n'est pas méchant, pas du tout.

Vous aviez l'habitude de répéter avec Khamdel, aujourd'hui vous êtes seul, son départ ne vous fait pas mal ?

Toute séparation est difficile, mais le plus important c'est que chacun respecte le choix de l'autre. C'est une question de concession, et pour ça, il faut qu'il y ait un com­promis. C'est la première fois, que je parle de cette séparation, car comme le dit Léopold Sédar Senghor, « la parole peut être vaine, mais l'interprétation... ». L'intellectuel et l'analphabète ne peuvent pas avoir le même degré d'interprétation et d'écoute. Quand on donne un sujet de dissertation dans une classe, les angles de traite­ments différents alors que c'est le même sujet. La chose est là, elle est simple.

Avec cette séparation, vous ne risquez pas de reprendre tout comme au début ?

C'est vrai qu'il y aura du boulot à refaire, mais il faut savoir que cela fait partie de notre métier. Ce sont les aléas du monde moderne. Nous, on continue de travailler, car c'est ce qui m'intéresse. Et c'est ce que je fais avec le groupe Ceddo et rien d'autre.

Donc, vous gardez toujours le nom Ceddo ?

Mais bien sûr, car moi, je fais partie des membres fondateurs du groupe Ceddo, ainsi que le batteur Pape Lamine Diop. Lui, (Khamdel) avait rejoint le groupe comme tant d'autres. Le Ceddo a été créé par nous, on a choisi le nom, donc il reste avec nous.

Vous vous séparez après dix ans de compagnonnage, n'est-ce pas un gâchis ? Avez-­vous pensez à vos fans ?

C'est vrai, tout ce combat était pour faire plaisir aux fans. Tout ce qu'on a fait, c'est pour eux, pour qu'ils nous respectent. Qu'ils croient en nous et en notre métier d'artiste. Les fans ont une part considérable par rapport à notre vie; parce que c'est eux qui ont fait de nous ce que nous sommes. Si je mets aujourd'hui un produit sur 1e marché et que les fans ne l'achètent pas ou qu'ils ne viennent pas à mes sorties, je suis fini.

Et malgré cette séparation, vous pensez toujours être à la hauteur ?

Mais bien sûr, c'est mon métier. Dans la vie, il faut croire en ses com­pétences, sinon même le gars au coin de la rue ne te croirait pas. À part les répétitions, je me lève à 6 h pour faire du sport, travailler ma voix, car c'est un choix. J'ai dû tout arrêter pour la musique, je n'étais pas nul à l'école, j'ai arrêté en classe de première, pour ensuite suivre une formation professionnelle en électronique. C'est un sacrifice que j'ai dû faire pour arriver à ce stade, donc je dois être responsable.

Aujourd'hui, le Ceddo est le énième groupe qui, après tant d'années de compa­gnonnage, se disloque. C'est quoi réellement votre pro­blème ?

Moi, j'ai une conception dans la vie. Regardez le chiffre 1, on ne peut pas le diviser, encore moins le multi­plier. Il n'y a que Dieu qui décide de tout. Aussi bien de la séparation, que de notre union. Même dans le mariage, la séparation existe. Je suis un croyant, et quand il y'a séparation, cela permet d'acquérir des qualités dans la vie. Je le répète à chaque fois, dans la vie, certaines choses nous permettent d'acquérir des qualités. La grandeur, la noblesse de l'homme réside dans son état d'esprit et sa force. Ces qua­lités sont certes rares de nos jours, mais Dieu merci, on ne se plaint pas.

Peut-on espérer vous revoir un jour ensemble comme le cas du Missal de la Patte d'Oie ?

Cela révèle de la divinité du bon Dieu. Il y a des gens qui se sont séparés des années et qui, se sont retrouvés. Outre le Missal, on a vu le Xalam qui était le plus ancien, les membres du groupe ont fini par se retrouver. On a aussi le cas du Baobab, le guitariste a fermé son cabinet d'avocat pour rejoindre le groupe. Et puis, se séparer et reve­nir ensemble, c'est une chose noble, car cela confirme qu'on a mûri et atteint un état d'esprit plus large ; car le compagnonnage mérite une grande concession. Chacun est obligé de renoncer à quelque chose pour qu'il y ait une bonne relation.

Aujourd'hui, ne regrettez­ vous pas cette séparation ?

La vie dans ce bas monde va de pair avec les regrets. Mais les regrets, séparations, et les rassem­blements font le charme de la vie. Il y a eu des choses qui m'ont marqué, donc il y a des regrets. Mais je pré­pare un album qui sera une grande surprise. Les gens se rendront compte que c'est plus ouvert, plus diversifié encore.

Entretien réalisé par Lalla CISSOKHO





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Walf Gran Place
le 20/02/2008 à 13h09




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