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Jeudi 21 Août 2008
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CACOPHONIE ELECTORALE EN PERSPECTIVE

Pour la 2 ème fois, le Président a offert à son peuple un spectacle unique. On oublierait même le fond du discours devant cette ferveur aux airs d'opéra, consciencieusement préparés et répétés..



Ouf !!! Après dix jours de repos forcé et l'occupation exclusive de l'espace médiatique par le monde politique, les sénégalais ont repris le rythme normal de leur vie. La théâtralisation de l'annonce du boycott des élections par une partie de l'opposition et l'intronisation de WADE pour sa réélection, mais aussi l'effet minimisant que le monde politique a su donner à la notion de la parité, réduisant du coup l'éternel combat mené par la femme sénégalaise, ont marqué les esprits…

Permettez nous de commencer cet article en saluant la bravoure de la femme sénégalaise qui n'a pas attendu une myriade de lois pour s'emparer des bastions les plus protégés des hommes. Nous pourrions citer des dizaines de noms comme Aline Sitoé DIATTA, les Reines Ndatté Yalla et Ndjembeut MBODJI, mais nous tirons notre chapeau pour les femmes de tous les jours que l'on rencontre au marché, dans les usines, dans les commerces, etc…

Une loi suffit-t-elle pour rendre hommage à toutes ces femmes qui aujourd'hui à travers le sport (Amy Mbacké THIAM), la politique (Mame Madior BOYE), la littérature (Maimouna Bâ), la justice, la mode, les relations internationales, bref… ont su montrer avec talent et ingéniosité toute leur capacité d'action et de réussite parfois même d'émerveillement… « Djarama yeen !!! »

Hâtons-nous Monsieur le Président !

Pour la 2 ème fois, le Président a offert à son peuple un spectacle unique. On oublierait même le fond du discours devant cette ferveur aux airs d'opéra, consciencieusement préparés et répétés. Pas d'orchestre jouant à l'unisson un air mélodieux, mais l'incantation sans cesse de SOPI qui n'a rien changé à sa prestation de serment de l'an 2000.

Même si le contenu du message du Président est rassurant à plus d'un titre, les moyens déployés pour cette intronisation dépassent de loin le budget de campagne de certains candidats malheureux. Des profondeurs du pays aux autres continents, tous les sopistes étaient au rendez vous. Il faut dire que la récompense en fait saliver plus d'un et vaut bien quelques efforts...

Il est temps que nos hommes politiques fassent une haie d'honneur à la maturité démocratique dont les sénégalais ont fait preuve lors des élections présidentielles du 25 Février dernier. L'heure est venue de tourner le dos aux fausses notes citées par les partis d'opposition de cette dernière élection et parfois même à la cacophonie la plus complète entre la fiabilité et la transparence du fichier électoral. Le non traitement des problèmes soulevés par l'opposition risque de rouiller la machine électorale, bloquant de facto toute perspective de débat et de proposition et laissant le champ libre à de piètres acteurs politiques.

L'idée n'est pas de critiquer le processus électoral, qu'une partie de l'opposition juge tronqué et illusoire, mais d'éviter pour notre pays un parlement qui ne regroupe pas toutes les sensibilités de la nation et/ou bâillonnerait quelques libertés politiques, sociales et individuelles. Même tardive, la reprise du chemin des urnes par une partie de l'opposition, ne serait que bénéfique à notre jeune démocratie. Le peuple, dans sa grande majorité n'acceptera pas un parlement qui ne reflète pas la diversité de ses opinions et de ses représentants. Pour autant, nous ne sommes pas opposés dans l'absolu à l'élection de coalitions et/ou de partis politiques, du moment que ces derniers sont et restent réellement représentatifs et ne dégénèrent pas en bastions du lobbying du seul parti au pouvoir.

A J-50 des élections législatives, l'heure est venue de réussir l'organisation de ces élections, en prenant en compte toutes les sensibilités politiques.

L'opposition : Sommes nous devant un boycott, une peur ou une non-opposition ?

Le Sénégal ne gagnerait rien à organiser des élections avec une partie de sa population. Loin de nous l'idée de donner raison à l'opposition qui selon l'homme de la rue, a choisi la « non-opposition » pour éviter le pire. Ces opposants ne peuvent pas ignorer les questions que se pose le peuple sur la pertinence et/ou les raisons d'un tel choix : Ont-t-ils les moyens de battre campagne ? Ont-t-ils peur d'affronter Gorgui ?

Le plus triste est qu'aucun parti de l'opposition n'avait pris l'option de quitter l'Assemblée Nationale lors de la prorogation des mandats des députés pour des raisons de non couplage des élections. Nos chers opposants ont tous récidivé lors de la deuxième prorogation. A tel point qu'on peut se poser la question : à quoi sert l'Assemblée Nationale ? Les mesures phares de ces 12 derniers mois, ont été prises par décret présidentiel et passées à l'Assemblée comme une lettre à la poste, pour ne pas dire non discutées.

Les raisons évoquées par l'opposition se basent exclusivement sur l'expérience des élections présidentielles. Cette hypothèse bipolarise les élections législatives, amenant une confusion totale dans l'esprit d'une certaine partie de la population qui réduit les enjeux à sa plus stricte expression « apporter ou un plus grand soutien au Président réélu », surtout que ce dernier n'hésitera pas à le dire et le redire.

On a la nette impression que l'opposition n'a cherché que les raisons externes de son échec ou plus précisément les fraudes présumées de la coalition victorieuse. L'actualité de la semaine amène une nouvelle vague de contestation interne au sein de ces grands partis d'opposition (AFP – PS – JEF/JEL – PR,…), ce qui montre une fois de plus le degré d'impréparation de l'opposition. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, le réveil de l'opposition au lendemain des élections risque d'être difficile ; nous sommes loin de l'assurance affichée par cette opposition durant la campagne présidentielle fustigeant au passage le bilan de WADE dans les profondeurs du pays et au niveau des banlieues. Ironie de l'histoire, c'est dans ces coins que le président WADE a été le mieux élu. Exit ! Les programmes et les propositions alternatives, une fois de plus le citoyen est hors du champ des priorités de nos politiciens. Exit le catalogue de propositions de « feu la CPA », dont on entend même plus parler encore moins exposer au peuple.

L'inquiétude grandissante d'un boycott réside dans l'absence d'un plan B en cas de maintien de cette position. Le temps presse, mais l'opposition ne semble pas en tenir compte et réclame vaille que vaille une négociation avec le Président, cependant la seule ineptie est que les sujets à traiter sont d'une telle profondeur qu'il faudrait plus d'un mois pour les régler. Nous sommes loin des périodes où nous le peuple devrait s'attendre à un vrai diagnostic de ses besoins durant une campagne électorale.

Nous pourrons aussi nous poser la question sur la pertinence de ce boycott, puisque notre jeune démocratie n'a pas encore trouvé la parade sur l'excès de gouvernance par décret pour éviter toute forme d'opposition, il est évident qu'avec ce système il ne reste plus grand-chose de l'Assemblée dont la « représentativité » est réduite à la portion congrue et que ces dérives sont considérées comme des non-choix c'est-à-dire non pas le choix des meilleures solutions mais des moins mauvaises.

Il ne faut pas oublier que tout ceci s'ajoute à la possibilité d'une remise sur pied du Sénat que nous avions jugé il y a quelques années comme inopportune à notre environnement.

Devant cette pluralité de questions sans réponse, comment ne pas comprendre le dégoût légitime croissant de beaucoup de sénégalais pour ce genre de mascarade démocratique?

Dommage que l'analyse de l'abstentionnisme ne soit pas à l'ordre du jour au Sénégal et que le Ministre de l'Intérieur lui même s'empresse de faire des comparaisons avec les démocraties européennes.

Après la question « Pourquoi boycotter », il est grand temps de se poser la question « comment mettre en place un boycott utile » au cas où le pouvoir fraichement réélu irait jusqu'au bout du déroulement des élections législatives. Pour finir avec cette réflexion, nous vous proposons de méditer sur cette pensée politique « le boycott est chose aisée et peut apparaitre au premier abord comme terriblement révolutionnaire, mais ce rejet ne suffit pas à combattre les régimes en place…le boycott au même titre que l'abstention est le moyen le plus commode, mais ne propose aucune alternative encore moins une dispense d'analyse politique sérieuse ».

Alioune KANDJI




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Source: Hebdopolitique.com
le 12/04/2007 à 18h51




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