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Jeudi 21 Août 2008
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L’émigration à Moudéri (26 km de Bakel) : « Moudérinneké, Sénégaulois ou Francenabé »



Si vous nous permettez ces néologismes, disons, les trois à la fois. Là bas, à Moudéri (26km de Bakel), l’émigration n’est pas seulement un palliatif de survie, mais aussi et surtout un facteur de co-développement. La France compte trois mille sept cent (3700) communes. Moudéri, c’est en quelque sorte la trente septième millième et « Une (1) commune de la France ».



« Moudérinneké », en Soninké, du nom des habitants de Moudéri (village situé à 26 km de Bakel). « Sénégaulois » contraction de sénégalais et gaulois. « Francenabé », vocable utilisé pour désigner les émigrés sénégalais vivant en France, en quelque sorte l’équivalent des « Modou -modou » en terroir wolof. Parce que leur village, Moudéri, avec ses étages R+ et ses équipements technologiques est la vitrine des fruits de leur émigration. « Francenabé », parce que tout simplement ayant la nationalité française et détenteur du passeport européen. « Sénégaulois », parce que, malgré le retour définitif de ces retraités français au village de Moudéri, la belotte française et les « bonnes manières » de l’hexagone les ont suivi. Arrivé au village de Bondji, on accède au village de Moudéri, à 7 km de Bondji, par la latérite. Là bas, l’euro (la monnaie européenne) circule plus que le franc de la communauté française d’Afrique (le Cfa). Là bas, l’écrasante majorité de la population a une double nationalité (française et sénégalaise). L’émigration y est trans- générationnelle et le village vit au rythme des grandes villes du pays. L’électricité, la présence des deux opérateurs de téléphonie mobile au Sénégal (pour le moment), les technologies de l’information (les paraboles dans chaque maison) et la forte masse de devises (euros) qui y circulent, sortent ce village du lot des lointaines contrées de Dakar.

Les années 30, le point de départ d’une émigration
Dramane Ndiaye, un natif de Moudéri et parti émigré en France à l’âge de 19 ans nous renseigne que cette émigration pour la destination Paris la France remonte dans les années 40. En effet, dit il, ceux qui étaient partis faire la grande guerre (la 2émé Guerre mondiale de 1939 -1945) sont revenus avec des souvenirs (positifs) pleins dans la tête. Certainement, ces tirailleurs « moudérinnekés », à force de raconter Paris et sa saison printanière, l’automne de la Normandie, où les feuilles des arbres tombent, l’hiver glacial de Versailles et l’été à Dunkerque avec son soleil qui vous renvoie en Afrique, le goût de l’aventure et du courage sur la timidité ont fini par envahir le soninké qui avait déjà une longue tradition et culture « du partir ». Il est vrai, aussi, que Paris, ville lumière fascine les âmes. Et la France reste et demeure le pays privilégié pour l’émigration chez les soninkés.

1989, le déclic de l’émigration
Après les sanglants évènements de 1989 ayant opposé le Sénégal et la Mauritanie, ces populations riveraines du fleuve ne pouvaient plus cultiver les terres fertiles situées de l’autre côté de la rive gauche, en territoire mauritanien. Comme une intuition du sixième sens, l’Eta sénégalais, à travers la Société d’aménagement et d’exploitation du Delta (Saed), en 1987 avait aménagé 471 hectares de terre. Ce qui a fait que juste après les évènements de 1989, ceux qui avaient perdu leurs terres sur l’autre rive gauche du fleuve Sénégal avaient retrouvé des superficies aménagées et exploitables. Aujourd hui, il faut regretter que sur les 471 hectares aménagés par la Saed, seuls 70 hectares sont actuellement exploités du fait de la régression de la culture irriguée et de la vétustuté des installations, renseigne Daouda Dia, un conseiller rural de Modéri.

Cette crise a accentué le phénomène de l’émigration dans cette partie du Sénégal oriental. Non seulement, elle (l’émigration) leur aura permis de donner une réponse à la question alimentaire, mais aussi elle a permis à ces bourgs de faire du co-développement en construisant eux-mêmes des édifices publics pour seconder les pouvoirs publics.

Une émigration de co-développement
Contrairement aux émigrés du Baol (région de Diourbel) du Cayor (région de Thiès), du Djolof (région de Louga) du Fleuve (région de Saint louis) et du Sud (Casamance) qui font des investissements à titre privé, ceux des soninkés du « Gadiaga »(Bakel et environs), du Gabu (Kidira et environs) et du Bundu (Goudiry et environs) à côté de leurs investissements à titre personnel, construisent des édifices publics et des logements pour l’Etat et ses fonctionnaires. A Moudéri, les populations ont construit sur fonds propres le Poste et le logement du Receveur en 1976 pour un montant de 21 millions. En 1992, elles ont construite la pharmacie et le logement du pharmacien pour un montant global de 10 millions. Après un premier dispensaire construit en 1947 par l’Etat du Sénégal, la population de Moudéri a érigé un deuxième dispensaire et le logement de l’Infirmier Chef de poste, pour suppléer le premier qui devenait exigu ; pour un montant de 137 millions. Après avoir construit sur fonds propre la deuxième école primaire, le village a participé à la construction du collège de Moudéri à hauteur de 20% du montant de 137 millions et le reste, complété par l’Usaid (l’Agence américaine pour le développement international) à travers le Programme d’appui à l’enseignement moyen ( Paem Classe). Alors comme dans ces contrées du Sénégal oriental, beaucoup de ses ressortissants sont à l’étranger, la construction des édifices publics se fait sur fond de rivalité et de prestige entre les villages chefs lieu de communauté rurale et de commune (Moudéri, Diawara etc….).

Là où cette émigration gagnerait davantage dans le Sénégal oriental, c’est la formalisation de la coopération décentralisée entre des collectivités locales des pays du Nord celles du Sud pour pouvoir bénéficier de la détaxation des matériels et équipements mis à leur disposition. Comme c’est le cas de la coopération entre la commune de Apt, près de Marseille, dans le Vaucluse et la communauté rurale de Moudéri qui existe depuis 35 ans.

Un enseignant à ses élèves : Quel métier voulez vous embrassez après vos études ? Aller en France, répondent-ils L’émigration est trans- générationnelle et est perçu dans le subconscient des jeunes comme un métier. Comme en atteste une anecdote racontée par un enseignant du primaire qui avait demandé à ses élèves, ce qu’ils voudraient devenir après leurs études. Ces derniers lui rétorquent, comme dans un chœur : aller en France.

L’émigration est devenue comme une trajectoire inéluctable pour le jeune soninké.
D’ailleurs renseigne Dramane Ndiaye « la première génération d’écoliers à Moudéri, en 1962, était composée de 62 élèves en classe de Cours initiatiques (Ci). Arrivée en Cours moyen 2éme année (Cm2) nous n’étions que 17 élèves dont deux filles. Tout le reste avait émigré en France entre le Ci et le Cm2. Et cette anecdote en dit long sur l’émigration dans la mentalité du jeune soninké. Daouda Dia, conseiller rural et secrétaire communautaire par intérim raconte. « Je me suis retrouvé à Dakar pour faire la 1ére. Un jeune de Moudéri, en partance pour la France m’a demandé si j’étais de Moudéri. Je lui réponds par l’affirmative. Il me demande ce que j’étais venu faire à Dakar. Je lui répondis, pour continuer mes études. Et il me dit, qu’est ce qu’un grand gaillard comme toi fait toujours à l’école au lieu de partir en France ». No comment.

L’émigration, une alternative de survie
Ces émigrés de l’ethnie soninké qui parle la langue sarakholé sont réputés d’infatigables travailleurs. De nature moins revendicatifs que leurs autres compatriotes sénégalais, ces ressortissants du « Gadiaga » (Bakel et environ) ont bâti leur fortune principalement en France et subsidiairement dans les autres pays d’Europe, de l’Amérique du Nord (Etats-Unis et canada) et même en Afrique centrale, dans le commerce du diamant.

A Moudéri, pas une famille sans ses citoyens français d’origine sénégalais. Avec une population de 9000 âmes, Moudéri compte 600 retraités. Avant l’institution de la carte de séjour, le soninké de Moudéri allait en France pour revenir au village au bout de deux années, au maximum. Avec l’instauration de la carte de séjour à partir de 1973, le « moudérinneké » part en France, y reste et mieux « rapatrie » femmes et enfants.

Etant une société conservatrice avec une forte stratification sociale et polygame par essence, le soninké use de tous les subterfuges pour faire venir sa seconde femme sous la mention administrative de cousine ou sœur. Et depuis, c’est par dizaine qu’il se retrouve et vivent dans les foyers qui n’est en quelque sorte qu’une continuité de leur mode de vie basée sur la grande gamelle (repas) et la vie en famille en grand nombre de la France.

En ce qui concerne les maisons, rares sont celles qui ne sont pas des R+.

300 millions de francs cfa payés par la Poste ?
Aujourd’hui, à Moudéri, à chaque fin du mois, le retraité de la France perçoit une pension qui varie, selon les catégories, entre 300.000 et 1.200.000, nous révèle Manthian Ndiaye, ancien émigré rentré au bercail et ex Président du Conseil rural de Moudéri de 1984 à 1996. En plus de la pension de retraite du « vieux », le fils envoie sa participation pour la grande gamelle. Ce qui fait que, malgré le cout élevé de la vie, la question alimentaire ne pose pas la moindre équation. Interrogé sur le mouvement financier mensuel, le receveur nous renvoie à ses supérieurs avant de nous expliquer que le poste qu’il occupe (Receveur du poste de Moudéri) aiguise des appétits et serait très sensible pour qu’il nous livre le moindre chiffre. Tout compte fait, de l’avis du doyen Manthia Ndiaye, en 1988, le receveur de la Poste de Saint- Louis lui avait affirmé que le Poste de Moudéri vient en deuxième position, après celui de Dakar Principal, suivi en troisième lieu par la Poste de Colobane. A cette époque, en 1988, la Poste de Moudéri payait 80 millions au titre des pensions et transfert d’argent.

Entre temps il y a eu la dévaluation, du francs cfa. Entre temps, combien sont-ils de Moudérinneké à l’étranger ? D’ailleurs, devant le refus du receveur de nous divulguer, un retraité de la France avance, de source sûre, dit –il, le flux financier à destination de Moudéri serait de 300 millions chaque mois. La monnaie européenne (l’euro), plus courante que le Cfa Les mauritaniens ne sont pas priés, eux à qui ils suffisent de prendre une pirogue pour accéder de l’autre côté de la rive gauche par le fleuve Sénégal, viennent à espace de temps régulier, acheter des devises (euros).

Sur ce qui explique leur habitude de se servir le plus des euros que de la monnaie locale, Dramane Ndiaye, un émigré en vacance révèle qu’en « venant au village, comme on vit en communauté, dans les foyers, en France, presque chacun vous remet de fortes sommes en euros à remettre à sa famille. Ce qui fait les transactions se font plus en devise qu’en monnaie locale ». Malgré d’importantes réalisations des populations de Moudéri, les pouvoirs publics devraient accorder plus d’importance à ces contrées du Sénégal oriental. Car, Moudéri souffre terriblement de l’enclavement pendant la saison des pluies et continue à boire l’eau des puits parce que le forage est tombé en panne depuis deux ans.

Mohamadou SY « Siré »





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African Global News
le 24/07/2008 à 11h45




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