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Jeudi 21 Août 2008
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Travaux de l’Anoci, Karim Wade, Ambition politique, son patrimoine, l’affaire du corbeau… Abdoulaye Baldé dit tout.



Monsieur Abdoulaye Baldé, On n’est pas au tribunal, mais je vous demanderai la formule rituelle : Pouvez vous nous dire la vérité, rien que la vérité pour cette interview ?
Oui, je dirai la vérité et toute la vérité. Je le jure.

Depuis quelque temps on parle de l’Anoci. Les travaux ne sont pas encore finis, vous avez dit avoir dépensé la somme de 334 milliards de F Cfa que certains estiment faramineuse… que répondez-vous à ça ?

Premièrement, nous n’avons jamais dit que nous avions dépensé 334 milliards de F Cfa. Ceux qui l’ont déclaré font référence à la somme que l’Anoci a aidé à mobiliser pour le compte du secteur privé national et international et pour le compte de l’Etat du Sénégal, c’est-à-dire une enveloppe de 376 milliards. C’est l’aide que l’Anoci, par notre entregent, par les relations que nous avons et par l’engouement que nous avons suscité, a apporté à l’économie nationale. Cela ne veut pas dire qu’on a dépensé cette somme. La somme effectivement dépensée est de 52 milliards pour la part des bailleurs de fonds et un peu plus de 17 milliards en ce qui concerne la part de l’Etat. A peu près 70 milliards de F Cfa ont été dépensés pour les tronçons routiers réalisés dans le cadre des travaux de l’Anoci. Il s’agit de la route Bloc Madeleines - Place bienvenue - Pharmacie des mamelles, en plus de la VDN qui fait un peu plus de 6 kilomètres, soit 2 x 3 voies de 10,50 mètres de large et en enrobé dense et non en bicouche comme c’était le cas auparavant. Les gens prétendent qu’on aurait dépensé un milliard par km linéaire de route, ce qui est totalement faux, voire aberrant.


Quelle est la vérité des chiffres ?

En ce qui concerne le premier tronçon qui va de la corniche ouest (Bloc des Madeleines) à la Place Bienvenue, on a même fait des économies sur le marché de base qui était de 743 millions pour le kilomètre de route. Nous avons en effet pu réaliser le km de route en deux fois deux voies pour la somme d’environ 638 millions de F Cfa. Nous avons fait mieux en ce qui concerne le deuxième tronçon qui est totalement neuf et qui va de la Place Bienvenue à la Pharmacie des Mamelles. Le km de route a coûté à peu près 583 millions le Km linéaire de 7m toujours en enrobé dense.

Est ce que ce sont des chiffres habituels pour ce qui est du bitumage des routes ?

On est même en deçà de certains chiffres, car les travaux en zone urbaine sont assez particuliers. Il y a des réseaux, des structures d’assainissement et un certain nombre de paramètres qui rendent certaines zones difficiles. Mais si on fait la comparaison avec le kilomètre de route réalisé par les autres agences d’exécution (APIX, AATR ou AGETIP), on peut dire que nous sommes dans les mêmes fourchettes, voire moins chers. Il faut savoir que la hausse du prix des hydrocarbures s’est répercutée sur les coûts globaux des travaux…

Si on compare les chantiers de l’Anoci aux chantiers de Thiès, êtes-vous restés dans le cadre des sommes initialement prévues. Sinon, est ce que des dépassements budgétaires ont été autorisés ?

En ce qui concerne la voirie, nous n’avons pas dépassé les prévisions. C’est au niveau des ouvrages (tunnels, assainissements, un certain nombre d’ouvrages d’art …) qu’il y a eu quelques redressements. Mais comme vous le savez, la majorité de nos financements proviennent des bailleurs de fonds. Chaque fois que nous avons constaté qu’il fallait faire des réaménagements ou adapter les travaux à la réalité du terrain, nous avons fait appel aux bailleurs de fonds, car ce sont eux qui ont financé les travaux. Si nos demandes n’avaient pas été fondées, ils n’auraient pas financé les projets. Tout s’est donc fait en parfait accord avec eux. Il est important également de signaler la présence du bureau de contrôle. C’est en rapport avec lui, les bureaux techniques et les bailleurs, que les réaménagements ont été autorisés. En effet, si nous avons des ingénieurs au sein de l’Anoci, nous n’avions cependant pas l’expertise de contrôle nécessaire.

Est ce que ces financements sont des dons ou des prêts que nos enfants vont rembourser dans 20 ou 30 ans ?

C’est sur la base de prêts que nous avons financé les travaux exécutés dans le cadre de l’Anoci.

« Ce ne sont pas des dons. Ce sont des prêts concessionnels, mais on s’est conformé aux conditionnalités des bailleurs de fonds, généralement avec des moratoires et des prêts qui sont consentis sur plusieurs années avec des taux d’intérêt quasiment nuls ».
Aucun pays au monde ne peut se développer sans recourir à des emprunts. Notre taux d’endettement est encore bien en deçà du seuil d’endettement autorisé par les bailleurs de fonds. Par conséquent, il nous faut nous endetter pour booster notre économie. Vous vous rendez compte, on a dépensé 70 milliards de F Cfa pour faire ces kilomètres de routes assainies avec un éclairage public de dernière génération et des aménagements paysagers. Avec en plus des échangeurs, des ponts et autres tunnels. Il y a quelques années, la banque mondiale avait évalué le manque à gagner de l’économie sénégalaise lié aux embouteillages à 120 milliards de F Cfa par an. Ce qui veut dire qu’on a déjà amorti ces routes dès la première année. On s’est endetté certes pour faire ces routes, mais si on ne l’avait pas fait, les générations futures allaient le faire. Mais à quel prix ? Ce que nous avons dépensé aujourd’hui serait peut-être multiplié par deux, voire trois. Nous sommes dans une phase de développement de notre pays et nous devons faire des options. Et les choix clairement indiqués par le Président de la République sont le développement des infrastructures.

A propos d’infrastructures, on constate que vos travaux ne sont pas encore terminés. Est ce que vous avez le financement pour la suite des travaux ?

Les infrastructures principales sont terminées. La voirie a déjà été livrée, même si ce n’est pas à 100 %. Maintenant, il reste quelques travaux d’assainissement, d’éclairage et d’aménagement paysager. De façon globale, nous avions promis de livrer ce qui était essentiel, c’est-à-dire la voirie. Nous allons finir les aménagements, c’est clair. Nous avions prévu tout cela et les bailleurs de fonds nous ont suivis. Bien sur que nous avons l’argent. Si vous allez sur ces tronçons, vous vous rendrez compte que les ouvriers travaillent et cela va se poursuivre. C’est pour cela que nous sommes encore là.

Nous sommes passés en venant ici sous le tunnel et les travaux se poursuivent encore. Qu’est ce qui se passe ?

Si vous avez suivi nos différentes interventions, le Président de l’agence et moi-même, vous vous rendrez compte que l’on avait dit qu’il y a encore beaucoup de matériel de sécurité à installer. Dans tous les tunnels de ce genre, il faut installer un système de ventilation, mettre en place le matériel de signalisation, des barrières de sécurité. On va également essayer d’embellir les choses en y ajoutant une touche décorative. Il y a un local technique situé en arrière plan du tunnel muni de caméras, on pourra ainsi déclencher les barrières de sécurité à chaque fois qu’un problème se posera dans le tunnel. Un comité de gestion constitué de la police, des sapeurs pompiers, de la protection civile, de la mairie de Dakar a été désigné pour veiller sur le tunnel. En France, il existe un service spécialement chargé des tunnels. Nous avons envoyé des missions en France et des gens ont été formés par le gouvernement français. Ils seront chargés dans un premier temps de gérer le tunnel et de veiller à la sécurisation de tous les usagers qui l’empruntent.

Craignez-vous un audit de l’Anoci ?

La plupart des personnes qui réclament l’audit de l’Anoci sont principalement du Front siggil Sénégal (Opposition), ceux-là même qui avaient organisé le sommet de l’OCI de 1991 dans la plus grande nébuleuse, du point de vue des infrastructures qui ont été réalisées. Vous voyez aujourd’hui dans quel état se trouve la VDN (Voie de dégagement nord, Ndlr), sans trottoirs, ni aucun aménagement.

« En 1991, il n’y avait aucun organe de contrôle interne, seule une délégation à l’Oci était créée et qui dépendait du Secrétaire général de la Présidence de la République. Il n’y avait pas de Conseil de surveillance, ni d’organe d’approbation du budget. Aucune évaluation n’a été faite au terme du sommet de 1991 ».
Ce sont ceux qui l’avaient organisé qui viennent aujourd’hui demander des comptes à l’Anoci. Alors qu’ils sachent qu’il y a au sein de l’Agence, des organes de contrôle interne. Dès notre création, sur la base d’un appel d’offres international, on a commis un cabinet international de contrôle de gestion qui a ses agents au niveau de l’Anoci et qui gère le bureau des marchés de l’Anoci. Il contrôle l’Agence en temps réel. Ce cabinet est en train de faire son travail avec toutes les divisions qui se sont impliquées dans la préparation de l’Anoci. Parce qu’encore une fois, il y a le budget de l’Anoci et le budget du sommet qui a été géré, en dehors de l’Anoci, par une commission qui regroupait un certain nombre de ministères dont le Président était le Sage de la Présidence de la République et le Vice président, le Directeur de Cabinet du ministre du Budget. Ce cabinet a fait une demi douzaine de rapports sur les infrastructures, les ouvrages d’art, le coût de chaque kilomètre de routes…

Quelle est la destination de ces rapports ?

Ces rapports seront présentés au Conseil de surveillance de l’Anoci qui est mon premier organe de contrôle. Chaque année, le budget de l’Anoci a fait l’objet d’un vote, d’une autorisation par le Conseil de surveillance qui reçoit, à la fin de chaque année, nos comptes. Ces derniers sont disponibles au niveau du tribunal, ce n’est pas un secret, c’est du domaine public. Quand on aura terminé tous ces rapports, je vais me présenter devant le Conseil de surveillance pour rendre compte du coût des infrastructures. Chacun aura un document qui lui permettra de connaitre les dépenses. Pour ce qui est du budget 2007, nous allons passer devant le conseil de surveillance, le contrôleur de gestion a déjà fait son rapport et arrêté les comptes. Le commissaire aux comptes, qui est un expert agréé est en train de faire les confrontations entre les écritures de l’Agence et les documents bancaires. C’est après seulement son passage au conseil de surveillance, que l’Agence doit être liquidée, mais auparavant, les agences de contrôle de l’Etat feront leur travail.

On parle de plus en plus de la possibilité de faire évoluer l’Anoci en Agence nationale chargée de la construction des infrastructures. Qu’en est-il ?

Nous sommes en train de faire nos rapports d’évaluation. Il est vrai qu’il y a des projets qui vont démarrer parce que, sur le montant global qu’on a pu mobiliser pour le compte de l’Etat, il y a 72 milliards qui restent à réaliser. Ils vont concerner les routes de Ouakam, des Mamelles jusqu’à l’aéroport, en empruntant la bretelle des Almadies et le virage Océan. Il faut certes une structure pour terminer tous ces travaux. Mais tout dépend de la volonté du Président de la République, qui a créé l’Anoci, de décider de la poursuite ou non de la mission de cette dernière.

Récemment, il y a eu une polémique soulevée par le Professeur Abdoulaye Bathily (Secrétaire général de la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT, opposition, Ndlr) qui disait qu’Abdoulaye Baldé roulait en bicyclette en 2000, aujourd’hui, il est en 4X4. Vous rouliez en bicyclette avant 2000 ?

Toutes les personnes qui me connaissent savent que je suis un haut fonctionnaire depuis les années 90. J’étais déjà Chef de Brigade à la DIC (Division des investigations criminelles, Ndlr) en 1991. A partir de 1992, j’étais chargé de mission à la Présidence de la République. Par conséquent, j’étais haut fonctionnaire. Je crois qu’il s’est trompé de personne en ce qui me concerne. Lui-même a été mon voisin, il sait que mon épouse et moi avions une maison juste à côté de la sienne avant 2000. Je dis parfois à mon épouse qu’on vivait mieux en ce temps-là, et j’étais propriétaire déjà de deux véhicules (d’une berline et d’une 4X4) pour moi et d’une berline pour mon épouse, et ce, depuis 1998.

Si vous deviez faire une déclaration de patrimoine, vous écririez quoi ?

J’ai une maison familiale à Ziguinchor, je n’ai plus malheureusement ma maison à Warang sur la petite côte qu’on a vendue quand j’étais en France. Mon épouse est propriétaire d’une maison à sacré cœur 3. J’ai une maison acquise dans le cadre de la convention Police Bicis en 1996 au niveau du virage des Almadies, c’est une maison qui est en cours de finition.

Et les comptes bancaires dont on a parlé dans l’affaire du Corbeau. Et puis, surtout que devient l’affaire du Corbeau (du nom de prétendus pots de vin dans l’exécution des chantiers de la corniche ouest, Ndlr) ?

Je vous remercie d’avoir posé cette question. Moi, je n’ai aucun compte bancaire dans ces pays (Hollande, Monaco et Suisse, Ndlr), contrairement à ce qu’on disait et cela a été prouvé. Quand j’étais étudiant, j’avais un compte en France. C’était un compte où je déposais le montant de ma bourse de l’ENA. Au Sénégal, j’ai un compte dans deux différentes banques de la place. Je considère que je suis un « Goorgoorlu », contrairement à ce que les gens peuvent imaginer.

Maintenant, concernant l’affaire du corbeau, c’est avec beaucoup de peine que j’en parle.

« Beaucoup de personnes se sont fait berner par les accusations fallacieuses de ce gamin qui a dit que j’avais fait des virements bancaires du Sénégal vers la Suisse, Monaco et la Hollande. Comme les commissions rogatoires tardaient à venir, nous avons servi des sommations interpellatives par voie d’huissier, qui sont des documents extra judiciaires ».
Nous avons saisi par l’intermédiaire de mon avocat à Paris, Me Bourgi, les banques concernées qui ont toutes dit qu’elles ne me connaissaient ni d’Eve ni d’Adam.

Par ailleurs, le jeune homme (l’accusateur, Malick Ndiaye, Ndlr), a dit qu’il était étudiant à starsbourg et il a été prouvé que c’était faux. Il a dit que sa structure était affiliée à Amnesty International, j’ai des lettres du Forum Civil qui prouvent le contraire, comme pour toutes les accusations portées contre moi. En plus, il a dit que j’ai fait des virements du Sénégal, à partir de quelle banque ? Il ne le dit pas. Je pense que c’est un élément fondamental quand on accuse quelqu’un.

Assane Ndoye, désormais ex-patron de la Direction de la sûreté nationale a été remplacé récemment lors d’un conseil des ministres. Certains ont crû voir votre main dans cette décision parce qu’il aurait fait des rapports sur vous concernant l’affaire du Corbeau, convoqué vos gardes du corps, etc... Qu’en est-il exactement ?

Je ne pense pas qu’Assane Ndoye soit parti à cause de moi. De façon générale, Assane Ndoye a été nommé par le Président de la République sur proposition de l’ex-ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom. Il y a maintenant un nouveau ministre de l’Intérieur, qui pense qu’il devait constituer son équipe. En toute sincérité, je ne crois pas que son départ soit lié à l’affaire du Corbeau. Et je confirme ici solennellement que son départ n’est pas de mon fait. Je connais le Commissaire personnellement. Il est entré à l’école de police comme élève commissaire quand j’en sortais.

Vous confirmez que ce n’est pas lié ?

Avec l’affaire du Corbeau, ce n’est pas du tout lié. J’ai fait le serment de dire la vérité (rires). Je crois par contre qu’il y a effectivement des personnes mal intentionnées qui sont derrière cette affaire-là. Ce jeune homme ne peut pas m’accuser, séjourner pendant quelque temps en prison et être libre depuis lors sans procès. Peut-être qu’au départ, je me suis dit qu’il a dû agir seul pour faire du chantage, parce que je n’étais pas le seul à avoir été cité dans son papier. Il y avait d’autres personnes, mais je suis le seul à avoir osé emmener cette affaire en justice pour que la vérité éclate. Au fil des jours, il y a des gens qui ont grincé des dents et qui ont essayé de tirer cette affaire à leur profit.

Ancien commissaire de police, Secrétaire général de la Présidence, pourquoi, vous ne pouvez vous pas avoir de preuves qu’il y a des gens derrière lui ? Quand même, vous avez des enquêteurs, vous avez enquêté vous même…

Enquêter a été mon métier, mais depuis mai 2001, je suis devenu Secrétaire général de la Présidence de la République et, je vous confirme aussi que je n’ai aucun enquêteur à ma solde. Je n’ai pas encore une conviction claire que c’est telle ou telle autre. Mais j’ai des indices clairs. D’abord, le jeune homme a été mis en prison, on a fait trainer le dossier, il a été libéré au bout de six mois parce que rien ne bougeait. Les commissions rogatoires sont toujours étonnement en stand by. Le jeune homme s’est aujourd’hui barré. Il est parti en Angleterre alors qu’il est tellement difficile d’avoir un visa pour Angleterre, et de surcroit, pour quelqu’un qui a fait un séjour carcéral !

Vous voulez dire qu’il a été aidé pour partir ?

C’est mon intime conviction, compte tenu des éléments cités ci-haut et des informations reçues selon lesquelles, le jeune vivrait dans différentes capitales européennes.

« Je considère qu’il y a une main derrière. Vous savez, cette affaire me rappelle exactement l’affaire Clearstream où l’actuel président (Nicolas Sarkozy, Ndlr) a été accusé d’avoir des comptes bancaires alors que c’était fabriqué de toutes pièces par ses adversaires politiques ».
Je considère que derrière l’affaire du Corbeau, jusqu’à preuve du contraire, il y a la main de personnes mal intentionnées.

Qu’est ce qui devrait pousser ces personnes à vous en vouloir ? Quelle menace représente Abdoulaye Baldé ?

Ils me prêtent du pouvoir que je n’ai pas. Ils considèrent que quand ils n’occupent pas une position, c’est moi ; quand ils s’embrouillent avec le Président ou avec Karim WADE, c’est moi ; quand ils perdent une position, c’est encore moi.

Ce n’est pas fondé ?

C’est totalement faux ! Je vais respecter le serment de dire la vérité. Je ne suis jamais allé voir le Président - il vous le confirmera si vous en avez l’occasion – pour lui parler ou dire du mal de quelqu’un. Jamais ! Je ne suis jamais allé pour lui dire enlève celui là, parce que j’ai du respect pour le Président de la République, c’est lui que les Sénégalais ont élu et s’il avait des doutes ou de récriminations vis à vis de quelqu’un, il saurait quoi faire. Maintenant, s’il me demande mon opinion je la lui donnerai. Mais je n’ai jamais émis une opinion négative sur qui que ce soit. Je suis inoffensif. Si on m’attaque, je me défends (rires). Mais je n’attaque personne. Les gens me prêtent des intentions, ils pensent que je suis un faucon, que je brise des gens. C’est totalement faux. Je ne suis pas dans ces jeux là.

On le sait, vous êtes avec Karim Wade dans l’Anoci, il a des prétentions présidentielles. Vous, vous avez gagné Ziguinchor à l’élection présidentielle et aux législatives, il vous reste la mairie. Est ce que ce n’est pas tout cela qui dérange ?

On ne peut pas me reprocher d’avoir gagné quand même ! Je fais de la politique et c’est pour gagner. Quand j’entre dans quelque chose, je vais jusqu’au bout. Je suis entré en politique parce qu’il y avait une nécessité dans ma région. S’ils ne sont pas capables de gagner, s’ils n’ont pas l’aura qui est la mienne, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes et retourner dans leurs bases pour travailler. Ce n’est pas de ma faute. Nous sommes à la tête de l’Anoci Karim et moi par la volonté du Président de la République qui a jugé que nous avions les capacités, même si certains pensaient que nous en étions incapables, je pense notamment à Abdoulaye Bathily qui a toujours la manie d’insulter les gens qui sont plus intelligents que lui. En fin de compte, les faits lui ont donné tort. Il avait dit que nous n’allions pas faire des kilomètres de routes, que les Arabes n’allaient pas financer, que le Sommet n’allait pas se tenir. Et aujourd’hui, ils n’ont pas le courage de revenir sur leurs paroles et de reconnaitre tout le travail que nous avons réussi à abattre.

Dans une de vos sorties, vous avez eu à dire que c’est le Président de la République qui est l’instigateur de la Génération du concret. C’est lui qui vous a donné l’idée de créer la Génération du concret ?

J’ai bien dit l’inspirateur, c’est-à-dire que c’est lui qui nous inspire.

Ce n’est pas donc lui l’instigateur ?

Non ! On s’est inspiré de sa trajectoire, de sa philosophie politique. Je n’ai jamais dit que c’est lui qui nous a dit de faire ça. Le Président, il l’a peut-être appris dans la presse. Et puis le terme « Génération du Concret » est venue comme ça de façon anodine, c’est Karim WADE qui l’a sorti le premier.

Comment est venue l’appellation la « Génération du Concret » ?

Je vais vous donner l’historique de la Génération du Concret qui a commencé à partir du discours de Karim prononcé à l’occasion du lancement du programme de l’ANOCI en avril 2006. Quelques jours avant, Bathily avait déversé sa bile sur nous en disant que Karim était un petit banquier, que moi j’étais inspecteur de Police, alors que j’étais commissaire. Qu’on était des incompétents… Cela nous a fait mal. On n’avait pas encore communiqué sur nos projets. On avait choisi d’abord de faire notre programme, d’aller chercher des financements et après de dérouler tout cela. Quand on a dévoilé notre programme, on s’est rendus compte que les Sénégalais étaient enthousiastes.

« C’est ainsi que Karim a dit dans son discours, « nous sommes la génération des gens qui agissent avant de parler. Nous sommes la Génération du concret ». C’est parti comme ça ».
Une semaine après, on a fait une visite de chantier et Karim a lancé à l’endroit de tous les jeunes sénégalais qu’il n’était pas du parti de la parole, mais de l’action, en leur disant qu’il était là pour le développement et pour l’action. Qu’il était porteur d’un militantisme de projets et non de bavardages. Il avait appelé tous ces gens qui se reconnaissaient dans cette philosophie à venir adhérer à la génération du concret.

La Génération du concret est maintenant devenue un slogan politique.

Nous n’avons pas encore créé un parti politique. Nous avons un mouvement qui n’est pas encore structuré dont beaucoup de Sénégalais se réclament, qu’ils soient de la diaspora ou du Sénégal, qu’ils soient des hommes politiques ou des gens qui n’ont jamais appartenu à un parti politique. C’est devenu un cri de ralliement de beaucoup de personnes, une réalité politique.

Est ce que Abdoulaye Baldé et Karim Wade ont des ambitions politiques et veulent-ils s’appuyer sur la Génération du Concret pour arriver au pouvoir demain, si le Président Wade n’était plus là ?

Moi, je n’ai pas caché mes ambitions politiques. J’ai toujours dit que j’avais des ambitions politiques au niveau local, c’est-à-dire de Ziguinchor. Je suis entré en politique pour le développement de ma cité, de ma ville, de mon département et de ma région. Maintenant, est ce que Karim Wade a des ambitions politiques ? Allez lui poser la question. Moi je ne peux parler que pour moi. Mais je peux confirmer que Karim Wade que je connais bien, a de grandes ambitions pour son pays.

On parle du duo Baldé-Karim tout le temps. Il y a quand même une réelle complicité entre vous ?

Avec Karim, nous partageons surtout l’amour que nous avons pour notre pays, le Sénégal. Notre volonté de réussir des choses pour nos concitoyens qui, il faut le dire, le méritent. Et ce n’est pas un hasard si nous avons pu réussir la mission que nous a confiée le Président de la République d’organiser le sommet de l’OCI. On aurait pu réhabiliter le Méridien Président, y tenir le Sommet et s’en tenir là. Mais on est quand même, à partir des orientations du chef de l’Etat, allé chercher des moyens, nous avons construit des routes. Parce qu’on voulait faire des choses, non pas juste pour les personnalités qui sont venues pour le Sommet, mais pour les Sénégalais et pour les générations futures. A partir de là, les Sénégalais nous ont reconnu comme constituant un duo, d’autant que Karim est le Président et moi le Directeur Exécutif de l’Anoci. Mais le leader de la Génération du concret, c’est Karim Wade.

Donc, la Génération du concret n’est pas un marche pied pour vos futures évolutions politiques ?

Si c’est la volonté des Sénégalais, pourquoi pas. Nous sommes à la disposition du peuple sénégalais, s’ils pensent que parmi tous ceux qui sollicitent leurs suffrages, Karim Wade est le seul capable de réaliser leurs rêves et l’espoir, pourquoi pas ? Je ne vois pas quel mérite tous ceux qui réclament la Présidence de la République ont de plus que Karim Wade ?

N’êtes-vous pas plus méritant que Karim Wade pour diriger la Génération du concret ? Vous avez déjà eu à faire vos preuves sur le terrain politique alors que Karim Wade tarde encore à faire sa rentrée politique…

La Génération du Concret est une affaire de Karim Wade. Je suis dans l’action politique, bien avant Karim, mais cela ne veut pas dire que j’ai plus de mérite que lui. Je suis convaincu que s’il était allé en même temps que moi à Kébémer, il aurait gagné. J’ai eu la chance d’aller dans le champ politique avant lui. Je suis allé dans des circonscriptions qui n’étaient pas simples et j’ai gagné avec l’appui de tous ceux qui étaient là. Je considère que si Karim s’était engagé à Dakar, à Kébémer ou dans le village de ses grands parents, dans le département de Sédhiou, il aurait gagné. On a choisi deux voies différentes dans une période donnée. Barack Obama qui a gagné l’investiture des démocrates, qui le connaissait il y a deux ans ?

Barack Obama passe quand même par un Parti politique, alors qu’on vous reproche de venir dans la politique sans une formation politique.

Il faut que les gens sachent évoluer. J’ai pris l’exemple de Barack Obama, je pouvais choisir celui du Président du Bénin, Dr Yayi Boni.

« Karim l’a dit et on l’a répété, si tant est que c’est la volonté de Karim d’être le Président de la République, nous sommes dans un pays démocratique, nous ne pourrions le faire qu’à travers les urnes ».
Peu importe le support, mais je considère que pour être Président dans notre pays, on n’est plus imposé par un Décret, ou par une constitution. C’est par la voie des urnes qu’on devient Président. Si Karim veut devenir Président, il passera par là. En tout cas, il a déjà tous les atouts pour y parvenir.

On en vient à la région naturelle de la Casamance où il règne un regain de tension entre l’armée et les rebelles. Vous avez l’ambition de devenir le maire de Ziguinchor, quel commentaire vous inspire cette situation ? Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

C’est les deux à la fois. Je suis inquiet par ce regain de violence. Je considère qu’il faut une reprise en main de ce dossier. On a voulu jouer sur le temps, et depuis longtemps il n’y a pas suffisamment d’actions concrètes qui sont menées sur le terrain, malgré les instructions du Président de la République et sa volonté de parvenir à une paix durable.

On ne sait même pas qui a en main ce dossier ?

De toute façon, Il faut un langage crédible et des hommes clairement identifiés et responsables qui iront parler aux maquisards. C’est à cela que le Président de la République s’est attelé depuis son accession à la magistrature suprême. Il faut essayer d’unifier, soit l’aile politique ou l’aile combattante du Mfdc, avoir de véritables interlocuteurs, non pas avoir une kyrielle d’interlocuteurs émiettés, dispersés.

Qu’est ce qu’il faut faire, selon vous ?

Discuter et réunifier le mouvement. Que ce soit le front nord et le front sud, et toutes les autres fractions. Et puis, depuis la disparition de l’Abbé Diamacoune, il n’y a pas un leader charismatique qui a des velléités de diriger le mouvement. Aucun parmi ceux qui se sont déclarés ne fait l’unanimité. Il faut trouver de véritables leaders qui puissent parler aux uns et aux autres dans un langage de vérité. Mais l’un dans l’autre, il faut d’abord réunifier le mouvement et instaurer de véritables actions de développement dans cette région. Le président de la République, Me Abdoulaye Wade a fait beaucoup d’efforts dans le domaine des infrastructures et du désenclavement de la Casamance. Le Président de la République s’est engagé à reconstruire le tissu économique et industriel de la Casamance et le tissu agricole. En effet, beaucoup de rizières ne sont plus exploitées, la plupart des barrages anti sel ne fonctionnent plus, beaucoup de rizières sont envahies par le sel, d’autres sont minées. Il faut mener de véritables actions dans ce domaine.

C’est vous qui êtes envoyé par le président de la République en Casamance. Vous devez lui dire ça tous les jours, non ?

On est en train de faire ce qu’on peut. Il y a déjà le PADERCA qui est une solution aux maux que je viens de citer. Il intervient dans le domaine agricole avec le Fonds africain de développement qui a mis plus de 20 milliards de F Cfa. En dehors de cela, il est urgent de mener des opérations de sécurisation, de retour aux terres et de reconstruction du tissu industriel de la Casamance qui a été délaissé pendant 40 ans par l’ancien régime. On a des fruits qui pourrissent, les industries de transformation du poisson qui ne fonctionnent plus depuis des années. Les efforts que nous avons fournis ces dernières années ont été dévoyés par des hommes d’affaires véreux.

Vous voulez parler du cas Soseshal ?

Exactement ! Quand on m’a parlé de ce dossier par l’intermédiaire des travailleurs et d’autres Ziguinchorois, j’ai tout de suite saisi sur instructions du Président de la République, le fonds de promotion économique qui a mis une somme de 500 millions de F Cfa. Nous sommes allés à Ziguinchor et nous avons fait une cérémonie de remise de l’enveloppe qui a été versée dans le compte du Directeur Général. Il a évoqué un certain nombre de problèmes liés à l’agrément de l’Union européenne parce qu’il avait un certain nombre d’investissements à faire pour rendre l’usine beaucoup plus apte, fonctionnelle.

Finalement le Directeur Général a fait du dilatoire, a pris l’argent pour aller investir ailleurs. La faute lui incombe totalement. Récemment, j’ai discuté avec la Directeur du fonds de promotion qui m’a dit que le Monsieur était en train de rembourser le plus naturellement du monde. Il est allé en Guinée Bissau pour mener ses activités. C’est quand même grave. Les travailleurs doivent se constituer et porter plainte contre ce Monsieur pour détournement d’objectifs.

Que pensez vous des assises nationales initiées par l’opposition ?

Je réfute le terme d’« Assises nationales ». Ce sont plutôt des assises dakaroises de l’opposition. Les personnes les plus en vue qui composent ces assises sont les barons de l’ancien régime socialiste ou qui sont de façon générale affiliés à ce régime. Ce sont des assises politiques dont la seule mission est de ternir l’image de marque de notre pays et de son Président, et, en définitive, déstabiliser notre pays.

Ce sont des assises dakaroises parce que si vous allez à l’intérieur du pays, les populations ne se rendent même pas compte de ce qui se passe. Allez poser la question aux paysans de Ziguinchor, ils ne connaissent pas les assises nationales. De façon générale, ces dirigeants de l’opposition manquent de respect au monde rural en convoquant des assises en plein hivernage, alors que tous les esprits sont tournés vers les cultures. Dire que vous organisez des assises au Méridien Président ou dans des Hôtels huppés de la Dakar pendant qu’il est en train de pleuvoir, c’est manquer d’initiatives et de respect aux paysans. C’est vouloir même mettre en péril l’économie rurale, et du pays de manière générale, ainsi que la vie des paysans qu’ils sont censés défendre.

Il ne vous semble pas qu’il est quand même nécessaire de trouver une solution à cette situation de rupture du dialogue entre le pouvoir et l’opposition, lourde de menaces pour le Sénégal, notamment pour sa démocratie ?

Le Président de la République a plusieurs fois initié des débats. Récemment, il a lancé un appel après une médiation du Président de la Raddho, Aliou Tine. L’opposition a, par la suite, dévoyé les choses parce qu’elle n’a plus de cadre d’expression en dehors des medias et des radios où leurs dirigeants fanfaronnent à longueur de journée. Mais les Sénégalais ne sont pas dupes, le dialogue existe bel et bien dans ce pays. Il y a une opposition parlementaire qui participe à la vie des institutions. D’ailleurs, si vous prenez l’ensemble des partis qui composent l’échiquier politique national, moins d’un quart a participé à ces assises. C’est pareil pour les syndicats, ainsi que les représentations diplomatiques. Sur les 67 ambassades représentées au Sénégal, il n’y a eu que neuf qui y étaient présentes et souvent avec des délégations dirigées par des sous-secrétaires ou des attachés de presse.

Propos recueillis par Demba NDIAYE et Babacar DIONE







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African Global News
le 02/07/2008 à 16h38




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