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Jeudi 20 Novembre 2008
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LE MANDAT DE LA VERITE

Plus que cinq ans pour parachever 40 ans de vie politique, cinq ans pour rentrer dans l'histoire du Sénégal comme le Plus Grand Président depuis l'indépendance, cinq ans pour réaliser ce que le parti socialiste n'a pas su faire en 4



Plus que cinq ans pour parachever 40 ans de vie politique, cinq ans pour rentrer dans l'histoire du Sénégal comme le Plus Grand Président depuis l'indépendance, cinq ans pour réaliser ce que le parti socialiste n'a pas su faire en 40 ans de règne sans partage, cinq ans pour être le plus grand architecte sénégalais, cinq ans de gouvernance sans faute pour rentrer au Panthéon des Hommes Politiques qui ont marqué l'histoire africaine, bref revoilà le Président WADE sur une nouvelle ligne de départ, un nouveau contrat avec le peuple et une nouvelle occasion de partager ses idées et ses engagements avec les onze millions de sénégalais en prêtant serment devant le Conseil Constitutionnel.

Dépositaire des valeurs du travail, lors de son accession au pouvoir en lançant la célèbre phrase « Il faut travailler, encore travailler, beaucoup travailler, toujours travailler », on a l'impression que le Président réélu nous impose au début de ce quinquennat une nouvelle dynamique « Il faut fêter, encore fêter et beaucoup fêter une victoire présidentielle ». Si le cycle électoral que nous venons de vivre devrait nous fournir un enseignement, ce serait de renouer avec le monde du travail où du moins d'augmenter notre productivité nationale qui n'a pas changé depuis notre indépendance. Le Sénégal se classe en peloton de tête des pays qui travaille le moins en Afrique francophone sous l'effet conjugué des jours de repos dus aux congés annuels et aux fêtes religieuses. Beaucoup de chiffres sont publiés sur le manque à gagner de notre économie pendant ces jours de fêtes et les nombreuses pannes électriques de l'année dernière sont venues se greffer dans cette série, occasionnant 31,4 jours de perte de productivité par travailleur. Bref, le premier discours d'investiture de WADE proposait au peuple un projet de rupture avec un temps révolu où la valeur du travail primait sur tout et que l'avancement du Sénégal devait être l'œuvre de chacun. Devrions nous considérer au regard de cette décision d'offrir 3 jours de congés que, nous n'avons pas encore démarré l'acte 1 de votre ré-investiture et qu'il est difficile d'énumérer un argument valable devant cette décision ? La première sortie du Président ressemblait à un discours de remise en ordre et que des changements notoires allaient être constatés sur l'échiquier politique, cependant nous avons l'amère impression de vouloir donner raison à ses détracteurs qui ont substitués le mot alternance par alternoce durant son premier septennat.

Une réélection au premier tour n'efface pas les problèmes rencontrés et/ou cumulés lors d'un premier mandat. Derrière cette confiance renouvelée du peuple sénégalais et après sa première sortie suivie des réactions des candidats malheureux, se cache une coupure ou des doutes de plus en plus intenses entre les sénégalais et le monde politique. Force est de constater que le peuple a besoin de profonds changements sociaux-économiques qui nous détournent de cet environnement incertain et contradictoire dans lequel nous vivons et dont la seule certitude qui nous reste est que nous n'en avons plus !

Entre Espérance et Inquiétude

Les sénégalais ont renforcé le socle de leur jeune démocratie, mais aussi adhéré à la réalisation des chantiers entamés. La réélection du Président a suscité beaucoup d'enthousiasme chez certains, mais cela n'exclut pas d'avoir des attentes claires et un projet politique bien défini. Nul n'ignore que les grandes réalisations ont un prix et que l'ardoise des infrastructures est loin d'être présentée, mais la confiance placée sur ce bel édifice n'empêche en rien de bâtir les autoroutes d'une santé de fer pour les sénégalais, d'une véritable solidarité nationale et d'un lien social fondamental n'écartant aucun fils de la nation. Malgré la longue liste de réalisations, le premier mandat de WADE était entaché de quelques erreurs, de soupçons, de manœuvres et de confusions sur la gestion de quelques entreprises publiques et où parapubliques. L'épine dorsale de la jeunesse sénégalaise, qui selon les propos du Président a contribué à sa réélection, a rencontré quelques brisures puisqu'assistant au naufrage de quelques milliers parmi eux. Cette jeunesse loin d'être résignée ni même insoucieuse, montre à travers ce geste non seulement une exigence générationnelle, mais la volonté de maitriser son destin.

Cette jeunesse refuse d'être la variable d'ajustement entre une grange de la population qui croit être financièrement à l'abri et une autre qui patauge dans la pauvreté. Une des attentes majeures de ce quinquennat, sera de la comprendre et de la soutenir.

Le Sénégal est un pays essentiellement rural et agricole, dès lors l'engagement du président réélu dans ce domaine doit être ferme et formel, puisque qu'ils sont aussi engagé dans cette compétition mondiale à dominante capitaliste et productiviste. Malgré la croissance enregistrée durant depuis quelques années et le respect de sept des huit critères de convergence, le citoyen ordinaire a l'impression que le paysan s'est appauvri d'avantage, que le cadre moyen vivote et que le chômage s'intensifie en devenant de plus en plus chronique.

Il sera aussi question pour le Président d'inventer une confiance collective pour toute la nation qui ne soit pas ressenti comme une obligation mais comme un exercice d'ouverture et d'espoir traversant l'ensemble des secteurs économiques et/ou des différentes couches de la population.

L'absence de bilan à la fin d'un septennat

S'il y a une similitude entre les deux mandats de WADE, c'est l'absence d'un contrat programmatique. Même si le peuple n'a pas tenu rigueur au président réélu de l'absence d'un bilan, nous souhaiterions insister sur cette notion d'un vrai bilan et non d'un catalogue de réalisations qui ne justifie ni les moyens mis en œuvre, ni les choix sur les différentes options et/ou décisions, encore moins le coût de chaque réalisation et enfin les économies réalisées par le peuple. Ce n'est qu'une justice démocratique, si un pouvoir exécutif ou législatif se lance dans de la vérification de son politique au milieu et à la fin d'une mandature. Les autoroutes et ponts ont un prix et que d'une manière ou une autre le sénégalais lambda paiera une partie de sa poche. Le peuple, au lieu de s'intéresser aux différentes offres politiques en demandant des engagements fermes sur un programme et n vrai projet politique, a misé sur la question « Qui peut nous diriger ? ». Tout projet politique fait l'objet d'un bilan qui se mesure par rapport au passé, se confronte aux circonstances et priorités du présent et enfin se mesure à l'avenir.

L'absence de bilan au niveau national, régional et local, fait que les Sénégalais portent sur la société politique un double regard à la fois soupçonneux et désabusé. A la longue, le peuple d'en bas juge les gouvernants d'en haut, l'accusant tout à la fois de ne pas se préoccuper des vrais problèmes quotidiens et de faire prévaloir des ambitions personnelles sur l'intérêt national.

Impératifs et sujets à maitriser :

Le principal problème dans les pays sous développés, est que les enfants naissent lourdement endettés. Dans ce domaine, le Sénégal a accusé un déficit budgétaire dû à une hausse de l'investissement public vers les infrastructures, un accroissement des dépenses vers les secteurs prioritaires et les dépenses supplémentaires, enfin par la hausse des dépenses de personnel. Dès lors, le gouvernement en place devra assainir cette situation en mettant en place un contrat clair, explicite et durable. En outre, on note au Sénégal le recul budgétaire de certains secteurs prioritaires, par exemple la santé (de 8,1% en 2005 à 6,7% en 2006), l'agriculture et l'élevage (de 5,1% en 2005 à 4,4% en 2006), le développement social et la solidarité nationale (de 1,8% en 2005 à 1,3% en 2006). Ces différents points sont inscrits dans la liste des priorités du DRSP et ne peuvent en aucun cas faire l'objet de négligence de la part de l'état sénégalais. Une fois ne sera pas coutume, mais le président réélu devra jeter un coup d'œil sur les dépenses allouées à la Présidence (0,8% du budget d'investissement) et à la Primature en essayant dans la mesure du possible de les réduire ; ce qui risque d'être difficile à l'approche des prochaines échéances législatives.

La maitrise agences autonomes sera sur la liste des priorités de l'Etat (9,7% du budget global en 2006), surtout si (96,7%) de leurs ressources sont destinées à de l'investissement et représente 20,3% du budget d'investissement. Ces agences risquent d'être aphones après le départ de WADE, si son successeur ne leur accorde pas le même crédit. La problématique de ces agences est la clarification de leur nature juridique au niveau des textes statutaires. Malgré les 10 ans d'exercice de décentralisation, les ressources transférées vers les collectivités locales sont ridicules (1,3% du budget global). De même, sur les 40% souvent cités par le Chef de l'Etat sur l'Education, seul 5% du budget d'investissement consolidé a été décentralisé.

Finalement, le Président réélu doit impérativement assainir la gestion des finances publiques tant au niveau de la préparation, de l'exécution et des contrôles (internes et/ou externes). Celle-ci passe aussi l'amélioration du programme budgétaire en élargissant le cadre des dépenses sectorielles, en renforçant les mécanismes de contrôles et du respect des principes budgétaires, en améliorant la gouvernance des entreprises publique, en adoptant et en veillant à la mise en œuvre du nouveau cadre légal et institutionnel des procédures de passation de marchés et enfin en renforçant en achevant le programme de recrutement de la réforme de la fonction publique

La machine institutionnelle a démontré toute sa fragilité durant les dernières élections présidentielle, prêtant le flan à une kyrielle de décrets pour colmater les et/ou les carences. Mais si la constitution a fait l'objet de quelques retouches durant le premier mandat de WADE, il serait anormal de bâtir une citadelle en mettant en place les moyens de la contourner. Des moyens radicaux devraient être fournis à la Constitution pour limiter, sinon éradiquer le phénomène de la transhumance et/ou renforcer les dispositifs de contrôle des finances publiques.

Les priorités

Le constat sur la santé et sur l'éducation est dur, on meurt en moyenne à 57 ans au Sénégal et pratiquement deux femmes sur trois ne savent pas lire, mais les efforts (40% du budget consacré à la formation) consentis par Me WADE et le renforcement de cette politique est salutaire, mais la réintégration des centaines de milliers de jeunes exclus par le système « double flux » de Iba Der THIAM devra être prise en compte.

Le Président réélu pour atteindre ses objectifs de croissance accélérée, doit maitriser le déficit budgétaire global estimé à 3% du PIB. Le Président, malgré les autoroutes et les ponts, ne pourra gagner le combat de son mandat sans réduire de manière significative la pauvreté dans le pays. Malgré l'emballage de certains discours relevant la stratégie de croissance accélérée, l'émergence du Sénégal etc… la réduction de la pauvreté reste la pierre angulaire des priorités de l'état. Inutile de certifier au Président, que le combat de la réduction de la pauvreté ne passera que par une croissance à 2 chiffres.

Sur le plan politique, il serait important de restaurer le rôle et les fonctions des structures de l'Etat au détriment de cette individualisation des comportements. Celle-ci occasionne un net recul des citoyens du sentiment d'appartenance à un destin collectif.

Le besoin de transparence et le droit à l'information constituent deux attentes fortes résultant tout à la fois de la méfiance grandissante des sénégalais à l'égard des institutions et de l'élévation de leur niveau global d'instruction.

Sur le plan des NTIC, Me WADE doit finaliser son chantier initialisé en matière d'e-gouvernance.

Pour financer la construction du nouvel aéroport de Diass, il est important de noter qu'un prélèvement de 30 Euros par passager des avions, a été introduit par décret présidentiel. Il est important de garantir une transparence sur les procédures et dans l'exécution du projet.

Sur le plan International, Me WADE présenté par la presse parisienne comme un des précurseurs des Etats-Unis d'Afrique, a repoussé lors de son discours au Pavillon Dauphine les frontières de sa vision sur la nécessité de l'Europe à s'associer avec l'Afrique pour faire face aux pays émergents du BIRC (Brésil, Inde, Russie et la Chine ). Sur le plan continental, le volontarisme du Président sur le NEPAD n'est plus à démontrer, cependant les résultats escomptés sont loin d'être atteint. Le Sénégal doit rattraper son retard sur les infrastructures de base comme sur l'électricité qui est plus chère et est moins accessible au Sénégal que n'importe en Afrique sub-saharienne. Les pays limitrophes comme le Mali et la Mauritanie ont évolué sur le plan démocratique, le Sénégal doit adapter sa diplomatie avec eux.

Le libéralisme social

La réélection de WADE coincide avec la rencontre de la famille Libérale du monde entier, l'occasion pour Me WADE de développer ses nouvelles orientations de libéralisme-social et occupant une voix politique non encore explorée : le libéralisme-social.

Historiquement, cette notion est née sous la bannière « social-libéralisme » revendiquant une synthèse entre la social-démocratie et le libéralisme économique ». En regardant les principes élémentaires du libéralisme-social, par exemple le Principe d'équité (chacun doit être traité de la même façon, même si les résultats de ce traitement sont fonction des spécificités et des talents de chaque individu, le Principe de solidarité (la collectivité doit faire en sorte qu'aucun membre de la collectivité ne soit rejeté par elle pour des raisons dont il ne serait ni conscient, ni responsable) et enfin le Principe de transparence (tout individu digne d'appartenir à une collectivité doit être traité en adulte et doit, comme tel, pouvoir accéder à l'ensemble des informations dont dispose la collectivité), on a l'impression que ‘actuel présidentiel a trouvé le bon filon pour gouverner au-delà ses frontières « libérales » politiques.

Bonne chance Monsieur le Président !!!

Alioune.kandji@hebdopolitique.com




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Source: Hebdopolitique.com
le 15/01/2007 à 17h57




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