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Célestine BADIANE étudiante en Santé Appliquée aux domaines des Sciences Sociales à L'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris
H.P : Comment se passe votre vie d'étudiante en France ?
Célestine Badiane : Globalement tout se passe bien. C'est une vie intéressante faite de hauts et de bas. C'est dur, on est obligé de se suffire mais en même temps, on donne beaucoup et l'on reçoit tout autant des gens. Si je prends en compte uniquement le côté études, c'est vrai que c'est vraiment une chance d'apprendre des choses très intéressantes et de s'ouvrir aux autres, d'acquérir des connaissances. C'est en quelque sorte une réalisation de soi, une récompense après beaucoup d'années de galère et de lutte pour y arriver. C'est vrai que c'est une vie qu'on pourrait scinder en deux, les études d'une part et d'autre part la vie qui en découle. Après pour ce qui est de la vie estudiantine, c'est un combat permanent avec soi même. Je suis arrivée en 2001 : j'étais à Bordeaux puis à Tour et enfin à Paris où je suis arrivée au mois d'Octobre 2006 toujours dans le cadre des études. Quand on est immigré, on n'a pas droit à l'erreur et l'obligation de résultat pèse sur nous.
H.P: Quelles sont vos conditions de vie ici ?
C.B : En dehors des études, il faut s'assumer et gérer le quotidien. La semaine, je suis à la fac et le weekend je suis au boulot .Je vis seule, tout se passe pour le mieux. L'avantage, c'est de pouvoir revenir sur soi et de réfléchir même si la vie en résidence étudiante aide beaucoup du point de vue du soutien que l'on peut s'apporter mutuellement en cas de problèmes.
Mais, ça me convient bien d'être seule j'ai pris cette habitude. Ce qui ne n‘empêche pas de partager pas mal de choses avec mes compatriotes.
H.P: Y a t-il quelque chose dont vous aimeriez parler, un sujet qui vous tient à cœur ?
C.B : Une chose qui me saoule en ce moment c'est qu' en venant j'avais en tête l'idée de faire de brillantes études, de rentrer chez moi et de trouver un bon boulot. Maintenant je me rends compte qu'en termes de diplôme on avance, mais en termes d'accomplissement de soi ce n'est pas trop ça. Le sentiment que vous avez par rapport à la réussite n'est plus le même et on est un peu perdu. Je ne dis pas que tous les étudiants sont dans la même situation mais en fin de cycle, on ne sait plus trop ce que l'on va faire. On retourne chez soi, on a l'impression que rien ne vous attend et en France ce n'est pas non plus rose. On se sent comme piégée mais il faut étudier pour pouvoir se maintenir ici. De ce fait, vous vous donnez un temps de réflexion puis finalement vous vous rendez compte que ce temps est infini… Mon sentiment en ce moment c'est qu'il n'y a pas d'issue et la peur de se décevoir soi même, de décevoir les parents est omniprésente. En cas d'échec, on se dit qu'on n'a pas été à la hauteur des espérances. On se demande si on a bien fait de venir mais c'est peut être ça la condition de la réussite.
H.P: Pensez-vous vraiment que la plupart des étudiants en fin de cycle ressentent la même chose et vivent ces moments de doute?
C.B : On se retrouve tous comme face à des barrières. Mais ce qui varie, c'est la façon de vivre cette période et la capacité que l'on a en nous pour faire face. Vous en avez certains qui vont baisser les bras et d'autres qui vont se dire que tout n'est pas perdu et que tout ce parcours n'a pas été fait pour rien. Le plus important, c'est d'espérer même si tout ce qui nous entoure nous fait penser le contraire. Je pense qu'à un moment donné tout étudiant qui arrive à ce stade de sa vie développe ce sentiment : c'est une période de doutes par rapport a ce qui nous attend et ce qu'on aura à faire. On ne sait pas trop où l'on va en termes de recherche d'emploi; il faut que ce que l'on a acquis soit productif or c'est difficile du fait de la conjoncture actuelle. Les opportunités offertes et par le pays d'accueil et par le pays d'origine sont minces, on ne nous donne pas les moyens de rentabiliser nos acquis. Ce n'est pas que le Sénégal ne soucie pas de nous, mais la situation est mal gérée. Les politiques veulent bien que l'on revienne mais ils ne nous en donnent pas les moyens. Après tout ce que les parents et nous-mêmes avons investi, ce n'est pas une fin heureuse. J'ai plein d'exemples de doctorants avec qui on se retrouve à faire les vendanges. Il y'en a qui arrivent à trouver du travail. Mais ce que je trouve injuste, c'est que j'ai l'impression que le fait de trouver facilement du boulot au pays est reservé a une certaine catégorie de personnes c'est d'autant plus frustrant que pendant des années on s'est battu pour capitaliser nos diplômes ;faire un parcours riche et difficile.L'on se retrouve comme prisonnier d'un système qui nous pousse a développer un sentiment très négatif et a se dire inconsciemment que c'est perdu d'avance tout en ayant des remords par rapport a ce que les parents attendent de nous . C'est bien beau de dire « je vais travailler pour mon pays » mais il faut que cela soit entouré d'un sentiment de sécurité de l'emploi et d'utilité.
H.P:: Y a t-il un conseil que vous aimeriez donner ?
C.B : Ce n'est peut être pas un conseil mais j'aimerais partager un espoir qui doit animer d'autres dans la même situation que moi. Ils ne doivent pas baisser les bras: si on en est là, c'est parce qu'on s'est beaucoup donné et si on s'est tant donné, on peut encore le faire. Il faut passer par là pour se rendre compte que l'on n'a rien à perdre et que tout n'est pas tracé d'avance. Il faut jouer sur le destin.
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